Sur le linteau d’une boulangerie de Saint-Fons, une petite statue de plâtre veille depuis trente ans : saint Honoré, mitre en tête, pelle de fournier à la main. Dans un cabinet d’avocat à Lyon, c’est une icône discrète de saint Yves qui se cache derrière l’écran d’ordinateur. Et combien de chauffeurs de poids lourds gardent encore, accrochée au rétroviseur, la médaille bleue de saint Christophe ? Ces gestes, parfois ressentis comme désuets, témoignent en réalité d’une tradition très vivante : chaque métier, chaque profession, a son intercesseur au ciel.
Cette pratique remonte au Moyen Âge, lorsque les confréries professionnelles se sont organisées autour d’un saint dont la vie ou la mort entrait en résonance avec leur travail. Saint Luc, présenté dans les Actes des Apôtres comme « médecin bien-aimé », est devenu naturellement le patron des médecins. Saint Joseph, charpentier de Nazareth, celui des artisans du bois. Sainte Apolline, martyrisée par arrachage de dents, celle des dentistes. L’Église n’a fait que reconnaître officiellement ces dévotions populaires, souvent enracinées dans une légende, un trait biographique ou une iconographie marquante. À côté des saints patrons des animaux — François pour les écologistes, Antoine pour les éleveurs de porcs, Gertrude pour les amis des chats — se déploie ainsi tout un panthéon professionnel.
Ce guide rassemble cinquante saints patrons des métiers les plus courants. Pour chacun : la date de fête, le trait biographique fondateur du patronage, et une suggestion concrète de dévotion. Il s’organise en dix sections thématiques — bouche, artisanat, santé, droit, éducation, transport, finance, et quelques bonus (musique, sécurité, services publics). En fin de guide, un tableau récapitulatif de trente professions et la manière de prier son saint au quotidien.
Pourquoi des saints patrons des métiers ? Histoire et théologie de l’intercession
La pratique de confier un métier à un saint protecteur s’enracine dans la théologie catholique de la communion des saints. Le Credo des apôtres l’exprime en quelques mots : « Je crois à la communion des saints. » Cette communion signifie que l’Église visible sur terre, l’Église souffrante au purgatoire et l’Église glorieuse au ciel forment un seul corps, dans lequel les saints peuvent intercéder pour les vivants. Demander à saint Honoré de protéger un fournil, ce n’est donc pas une superstition ni un détour idolâtre — c’est solliciter un membre de la même famille, déjà uni à Dieu, pour qu’il porte avec nous une réalité concrète de notre vie.
Historiquement, les patronages professionnels émergent au XIIᵉ et XIIIᵉ siècle, en même temps que les corporations urbaines. Chaque corps de métier — boulangers, drapiers, charpentiers, orfèvres — se dote d’une confrérie, élit un saint patron, finance une chapelle dans une grande église et institue une fête annuelle. À Paris, la rue Saint-Honoré tire son nom de la chapelle des boulangers ; rue Saint-Denis, la rue des Lombards rappelle les changeurs italiens placés sous la protection de saint Matthieu, ancien collecteur d’impôts. À Lyon, les canuts de la Croix-Rousse honoraient sainte Cécile et sainte Catherine. L’iconographie des vitraux et des statues fixe alors les attributs : la pelle pour Honoré, l’enclume pour Éloi, la roue pour Catherine d’Alexandrie. Cette mémoire visuelle se retrouve aujourd’hui encore dans l’iconographie populaire des saints protecteurs des métiers, notamment dans les ex-voto déposés par les corporations.
Au XXᵉ siècle, l’Église a élargi la liste : saint Joseph de Cupertino, célèbre pour ses lévitations, est devenu officiellement patron des aviateurs ; saint Maximilien Kolbe, mort à Auschwitz après avoir fondé une station radio, a été nommé patron des journalistes et radio-amateurs ; sainte Gianna Beretta Molla, pédiatre italienne morte pour laisser naître son enfant, est invoquée par les médecins. Loin d’être une tradition figée, le patronage professionnel continue de s’inventer chaque fois qu’un nouveau métier cherche son intercesseur.
Métiers de bouche : boulangers, cuisiniers, bouchers, vignerons
Les métiers qui nourrissent ont reçu très tôt leurs patrons. Saint Honoré d’Amiens, évêque du VIᵉ siècle fêté le 16 mai, est le patron incontesté des boulangers et pâtissiers. La légende rapporte que sa vieille nourrice, occupée à enfourner ses pains, apprit l’élection d’Honoré au siège épiscopal d’Amiens ; incrédule, elle s’écria qu’elle le croirait quand la pelle plantée près du four refleurirait — et la pelle reverdit aussitôt en mûrier. Depuis le Moyen Âge, la rue Saint-Honoré à Paris abrite la mémoire de la corporation. Le gâteau saint-honoré, créé en 1846 par le pâtissier Chiboust, perpétue ce patronage. Le 16 mai, de nombreuses boulangeries de tradition font bénir leur fournil.
Saint Laurent, diacre romain martyrisé en 258 sur un gril ardent, est devenu pour cette raison le patron des cuisiniers, rôtisseurs et grilladins. Sa fête le 10 août coïncide avec la pleine saison des barbecues d’été — coïncidence devenue marketing dans certaines confréries gastronomiques. À Lyon, le quartier de Saint-Just garde la mémoire des rôtisseurs qui l’invoquaient avant chaque festin. La célèbre phrase de Laurent à ses bourreaux — « Retournez-moi, ce côté est cuit » — résume l’humour héroïque qui fait sa popularité.
Saint Antoine le Grand, ermite égyptien du IVᵉ siècle fêté le 17 janvier, est le patron des charcutiers et bouchers par un détour iconographique : ses représentations médiévales le montrent toujours accompagné d’un porcelet, symbole de la tentation vaincue. La confrérie des charcutiers parisiens l’a adopté dès le XIVᵉ siècle. Le 17 janvier, la tradition voulait qu’on bénisse les bêtes à l’entrée des étables et les saloirs avant la grande période de découpe.
Saint Vincent, diacre martyr espagnol fêté le 22 janvier, est le patron des vignerons dans toute l’Europe latine. L’étymologie populaire — vin + cent — a aidé à fixer le patronage, mais c’est surtout la coïncidence de sa fête avec la taille de la vigne en hiver qui l’a enraciné. En Bourgogne, en Champagne, dans le Beaujolais, les confréries de la Saint-Vincent organisent chaque année une tournante : un village reçoit les vignerons des communes voisines, on bénit les sarments, on défile en costume, on chante les hymnes du terroir.
Métiers de l’artisanat : charpentiers, forgerons, couturiers, cordonniers
Saint Joseph, charpentier de Nazareth et père nourricier de Jésus, est le patron universel des artisans du bois — charpentiers, menuisiers, ébénistes — et plus largement de tous les travailleurs manuels. Sa fête principale le 19 mars (saint Joseph époux de Marie) est complétée par une seconde fête le 1ᵉʳ mai, instituée par Pie XII en 1955 sous le nom de Joseph artisan, qui sanctifie la journée internationale des travailleurs. Cette double fête dit bien l’importance théologique du travail manuel pour la tradition catholique : Dieu lui-même, dans la personne de son Fils, a appris le maniement de la varlope et de l’équerre. Le 1ᵉʳ mai, beaucoup d’ateliers reçoivent une bénédiction du curé.

Saint Éloi, évêque de Noyon au VIIᵉ siècle, ancien orfèvre du roi Dagobert, est le patron des orfèvres, bijoutiers, forgerons, maréchaux-ferrants et serruriers — tous les métiers qui travaillent les métaux. Sa fête le 1ᵉʳ décembre était autrefois une date majeure du calendrier rural : on faisait bénir les chevaux, les outils, la forge. L’expression populaire « voilà le travail ! » est attribuée à Éloi remettant à Dagobert une selle qu’il venait d’achever. À Lyon, les compagnons du devoir l’honorent encore.
Saint Crépin et saint Crépinien, frères martyrs gallo-romains de Soissons fêtés le 25 octobre, sont les patrons des cordonniers et bottiers. Selon la légende, ils gagnaient leur vie en confectionnant des chaussures qu’ils donnaient gratuitement aux pauvres. La confrérie des cordonniers parisiens, l’une des plus anciennes, organisait chaque 25 octobre une procession solennelle. L’expression anglaise Crispin’s Day, popularisée par Shakespeare dans Henri V, désigne encore aujourd’hui la fête des artisans du cuir.
Sainte Catherine d’Alexandrie, vierge martyre du IVᵉ siècle fêtée le 25 novembre, est la patronne des jeunes filles à marier, des couturières, des modistes — et, par extension, de toutes les femmes qui travaillent l’aiguille. À Paris, la tradition des Catherinettes — fillettes coiffant un chapeau extravagant à 25 ans — est née dans les ateliers de couture du Sentier au XIXᵉ siècle. Les grandes maisons de mode entretiennent encore ce rite. Catherine est aussi patronne des philosophes (cf. section éducation).
Saint Sébastien, soldat romain percé de flèches, est invoqué par les archers, tireurs sportifs et militaires. Saint Hubert, évêque de Liège, est le patron des chasseurs ; ses messes de la Saint-Hubert (3 novembre), avec sonneurs de trompes, perdurent dans toutes les sociétés cynégétiques.
Métiers de la santé : médecins, infirmières, pharmaciens, sages-femmes
Saint Luc l’évangéliste, présenté par saint Paul comme « le médecin bien-aimé » (Col 4,14), est le patron officiel des médecins. Sa fête le 18 octobre est marquée par la messe annuelle des médecins catholiques, organisée dans la plupart des diocèses français. À Lyon, la basilique de Fourvière accueille traditionnellement cette célébration. Luc est également patron des peintres — la tradition lui attribue une icône de la Vierge — et des chirurgiens, par voisinage avec son rôle médical.
Saints Côme et Damien, frères jumeaux médecins arabes martyrisés vers 287, fêtés le 26 septembre, sont les patrons des chirurgiens et pharmaciens. Leur particularité : ils soignaient gratuitement, ce qui leur valut le surnom d’anargyres (« sans argent »). La célèbre légende de la « greffe miraculeuse » — Côme et Damien remplaçant la jambe gangrénée d’un sacristain par celle d’un Maure récemment décédé — a fait d’eux les pionniers symboliques de la chirurgie de transplantation. Leurs reliques sont vénérées à Munich et à Madrid.
Saint Camille de Lellis (14 juillet), fondateur de l’ordre des Camilliens en 1582 pour soigner les pestiférés de Rome, est le patron des infirmiers, infirmières et hôpitaux. Sa devise — « plus de cœur que de mains » — résume l’esprit du soin chrétien. Il est représenté avec une croix rouge sur sa robe noire : c’est cette croix qui a inspiré, trois siècles plus tard, le symbole de la Croix-Rouge internationale. Le 14 juillet, les services hospitaliers catholiques organisent des bénédictions du personnel soignant.
Sainte Apolline, vierge martyre d’Alexandrie au IIIᵉ siècle, fêtée le 9 février, est la patronne des dentistes. Son martyre — les bourreaux lui arrachèrent les dents avant de la brûler vive — l’a fait invoquer dans toute la chrétienté contre les rages de dents. Au Moyen Âge, on lui dédiait des chapelles dans tous les bourgs ; en Bretagne, certaines fontaines passent encore pour soigner les douleurs dentaires. La fédération nationale des chirurgiens-dentistes catholiques se rassemble chaque 9 février.
Sainte Marguerite d’Antioche, vierge martyre du IVᵉ siècle fêtée le 20 juillet, est la patronne des sages-femmes et femmes enceintes. Selon la légende dorée, elle aurait été avalée par un dragon dont elle sortit indemne ; cette image l’a fait invoquer dans les accouchements difficiles. Sainte Gianna Beretta Molla (canonisée en 2004), pédiatre milanaise morte à 39 ans pour permettre à son quatrième enfant de naître, est aujourd’hui la patronne des pédiatres et des médecins défenseurs de la vie.
Métiers du droit, de la justice et de l’administration
Saint Yves Hélory de Kermartin (1253-1303), prêtre et juriste breton, est le patron universel des avocats, juristes, notaires et magistrats. Surnommé « avocat des pauvres » parce qu’il défendait gratuitement les indigents, il combinait la science du droit civil et du droit canonique avec une rigueur morale exceptionnelle. Sa fête le 19 mai donne lieu, dans toute la France, à des messes des juristes : à Paris, la cérémonie se tient en la Sainte-Chapelle ; à Lyon, en la primatiale Saint-Jean. Le palais de justice de Tréguier, où il rendait la justice, est devenu lieu de pèlerinage pour la profession. La devise des avocats de tradition catholique — Sanctus Ivo erat Brito, advocatus et non latro, res miranda populo (« Saint Yves était breton, avocat et non voleur, chose admirable au peuple ») — résume la tension comique de cette intercession.
Saint Thomas More (1478-1535), Lord Chancelier d’Angleterre exécuté par Henri VIII pour avoir refusé de reconnaître le schisme anglican, est le patron des hommes politiques, des juristes engagés en politique et des fonctionnaires de haut niveau. Canonisé par Pie XI en 1935, proclamé patron des responsables politiques par Jean-Paul II en 2000, il incarne la fidélité de conscience dans l’exercice du pouvoir. Sa fête le 22 juin est marquée par une messe annuelle au Conseil d’État. Son ouvrage Utopia (1516) reste un classique de la pensée politique.
Saint Raymond de Penyafort (1175-1275), dominicain catalan, codificateur du droit canonique, est le patron des canonistes, avocats spécialisés en droit ecclésiastique et conseillers conjugaux (il rédigea une Somme des cas de conscience pour les confesseurs). Sa fête le 7 janvier est célébrée dans les facultés de droit canonique. Saint Léonard de Noblat est invoqué pour les prisonniers, et saint Michel archange pour la police judiciaire et la gendarmerie (cf. section bonus).
Métiers de l’éducation, de l’écrit et de la communication
Saint Jean-Baptiste de la Salle (1651-1719), prêtre rémois fondateur des Frères des Écoles Chrétiennes, est le patron des enseignants et plus largement de l’éducation populaire. Il a inventé l’école gratuite pour les enfants pauvres, le manuel scolaire en français, l’enseignement simultané — soit la matrice de l’école moderne. Sa fête le 7 avril (anniversaire de sa mort) est marquée dans la plupart des écoles catholiques par une eucharistie en faveur du personnel éducatif. Proclamé patron des éducateurs par Pie XII en 1950, il est représenté en soutane avec ses jeunes disciples.

Sainte Catherine d’Alexandrie, vierge martyre du IVᵉ siècle (25 novembre), brillante philosophe qui aurait confondu cinquante savants païens avant son martyre, est la patronne des philosophes, théologiens, étudiants et universitaires. Au Moyen Âge, les facultés de philosophie de Paris et de Bologne lui dédiaient leur jour solennel ; les étudiants la priaient avant les examens. Son attribut, la roue brisée qui devait servir à son supplice, est encore l’emblème de plusieurs universités européennes.
Saint François de Sales (1567-1622), évêque de Genève et docteur de l’Église, est le patron des journalistes, écrivains et éditeurs catholiques. Diplomate et prédicateur, il fut surtout un infatigable rédacteur de feuillets dactylographiés — les « tracts » — qu’il glissait sous les portes des protestants pour les ramener à la foi catholique. Sa méthode douce, exposée dans l’Introduction à la vie dévote (1609), a fait de lui un maître spirituel pour les laïcs engagés dans le monde. Proclamé patron des journalistes par Pie XI en 1923, il est fêté le 24 janvier. La messe annuelle des journalistes catholiques se tient ce jour-là à Paris, Lyon et dans la plupart des évêchés. Pour situer cette fête dans l’année, on consultera utilement le calendrier liturgique qui répertorie l’ensemble des fêtes des saints au fil des mois.
Saint Maximilien Kolbe (1894-1941), franciscain polonais mort à Auschwitz après s’être offert à la place d’un père de famille, est le patron des radio-amateurs, journalistes de presse écrite et professionnels des médias électroniques. Avant sa déportation, il avait fondé en Pologne une véritable maison d’édition (le Chevalier de l’Immaculée) et une station de radio, l’une des premières à diffuser des programmes religieux en Europe centrale. Proclamé patron des radios catholiques par Jean-Paul II, il est fêté le 14 août.
Métiers du transport et du voyage : chauffeurs, marins, aviateurs, pèlerins
Saint Christophe, géant chrétien d’Asie Mineure martyrisé sous Dèce vers 250, est le patron universel des voyageurs, automobilistes, routiers, chauffeurs de taxi et conducteurs de poids lourds. Son nom — Christophoros, « porte-Christ » — vient de la légende selon laquelle il portait sur ses épaules les voyageurs pour leur faire traverser un fleuve dangereux ; un soir, un enfant lui demanda passage et devint si lourd qu’il faillit sombrer : c’était le Christ portant le poids du monde. Cette image a fait de Christophe le passeur universel, et l’Église a étendu son patronage aux moyens de transport modernes dès le XXᵉ siècle. La médaille de saint Christophe — bleue, ovale, frappée du géant et de l’enfant — reste l’un des objets de dévotion les plus diffusés au monde. Sa fête, le 25 juillet, est marquée dans de nombreuses paroisses par une bénédiction des véhicules sur le parvis.
Saint Nicolas de Myre, évêque de Lycie au IVᵉ siècle, est le patron des marins, pêcheurs et pilotes maritimes. Selon la tradition, il aurait calmé une tempête en mer Méditerranée et sauvé un navire de la noyade. En Bretagne, à Boulogne, à Marseille, les chapelles dédiées à saint Nicolas dominent toujours les ports. Sa fête le 6 décembre est marquée par des bénédictions des bateaux dans toute la France atlantique. Il est aussi, par les mêmes légendes (les enfants sauvés du saloir), le patron des écoliers et des commerçants (cf. section finance).
Saint Joseph de Cupertino (1603-1663), franciscain italien réputé pour ses lévitations extatiques — il aurait à plusieurs reprises été soulevé du sol pendant la messe —, est le patron officiel des aviateurs, pilotes d’avion et astronautes. Son patronage, confirmé par Pie XII en 1962, joue évidemment sur l’image de l’envol. Sa fête le 18 septembre est célébrée par les chapelles aéronautiques militaires (notamment à la base aérienne 942 du mont Verdun, près de Lyon) et par les associations de pilotes catholiques.
Saint Brendan le Navigateur (vers 484-577), abbé irlandais, héros de la Navigation de saint Brendan — récit médiéval relatant un voyage de sept ans à travers l’Atlantique —, est le patron des navigateurs, explorateurs maritimes et scaphandriers. Sa fête le 16 mai (même jour que saint Honoré, pure coïncidence) coïncide avec la saison de reprise des navigations en Irlande. Saint Jacques le Majeur (25 juillet) est, lui, le patron des pèlerins de Compostelle et de la marche longue distance.
Métiers de la finance, du commerce et du chiffre
Saint Matthieu l’évangéliste, ancien collecteur d’impôts (publicain) appelé par Jésus à le suivre (Mt 9,9), est le patron des banquiers, comptables, agents du Trésor, contrôleurs fiscaux et changeurs. Au Moyen Âge, la corporation des Lombards à Paris l’avait choisi pour patron : la rue des Lombards, près de l’église Saint-Merri, abritait leurs bureaux de change. Sa fête le 21 septembre est marquée par les messes annuelles des experts-comptables à Paris (en la Madeleine) et à Lyon. La représentation classique — Matthieu avec une bourse à la ceinture et une plume à la main — est devenue, par dérivation, l’iconographie standard du comptable.
Saint Nicolas, cité plus haut comme patron des marins, est aussi le patron des commerçants, marchands et négociants — par référence à un autre épisode de sa légende où il aurait sauvé trois jeunes filles de la prostitution en jetant trois bourses d’or par leur fenêtre. Ces trois bourses sont d’ailleurs devenues les trois boules dorées qui ornent encore l’enseigne des prêteurs sur gages. Sa fête le 6 décembre est, en Belgique, en Hollande et en Lorraine, l’occasion d’offrir des cadeaux aux enfants — origine du Père Noël (Santa Claus = Saint Nicolas).
Saint Bernardin de Sienne (1380-1444), franciscain italien, prédicateur incandescent qui parcourait l’Italie en brandissant le monogramme IHS (les trois premières lettres grecques du nom de Jésus), est le patron des publicitaires, communicants et professionnels du marketing. Il a inventé, au XVᵉ siècle, l’usage des slogans visuels et des supports symboliques pour transmettre un message — soit la matrice médiévale de la publicité. Proclamé patron des publicitaires par Pie XII en 1956, il est fêté le 20 mai.
Saint Joseph d’Arimathie, qui offrit son tombeau pour ensevelir Jésus, est devenu patron des fossoyeurs et croque-morts, mais aussi des marchands de tissu (par référence au linceul). Saint Homobon de Crémone (13 novembre), riche marchand drapier du XIIᵉ siècle canonisé pour sa charité, est le patron officiel des tailleurs et des marchands honnêtes.
Comment prier son saint patron au quotidien : prière, neuvaine, calendrier
La dévotion au saint patron de son métier n’est pas un folklore : elle s’inscrit dans une pratique précise, héritée du Moyen Âge mais toujours vivante. Trois formes principales coexistent : la prière quotidienne brève, la neuvaine annuelle autour de la fête, et la bénédiction professionnelle une à plusieurs fois par an.
La prière quotidienne prend typiquement la forme d’une oraison de quelques lignes, récitée avant le travail. Pour le boulanger, par exemple : « Saint Honoré, qui as vu refleurir la pelle de ta nourrice, bénis le pain que je vais pétrir aujourd’hui ; qu’il nourrisse les corps et qu’il évoque, dans les mains de ceux qui le rompront, le pain de la vie. » Pour le chauffeur : « Saint Christophe, porte-Christ, sois mon compagnon de route ; protège ma vigilance, garde mes passagers, ramène-moi sain et sauf auprès des miens ce soir. » Ces formulations, brèves et concrètes, peuvent être trouvées dans les manuels de piété des corporations — ou simplement composées soi-même à partir de la vie du saint.
La neuvaine consiste à prier le saint patron neuf jours consécutifs avant sa fête liturgique. Beaucoup de paroisses ouvrières et de mouvements professionnels (Conférence Saint-Vincent-de-Paul, Mouvement Chrétien des Cadres et Dirigeants, Action Catholique Indépendante) organisent ces neuvaines collectives. La novena se conclut souvent par une eucharistie le jour de la fête et un partage fraternel.
La bénédiction du lieu de travail — atelier, étude, cabinet, salle de soin, fournil — est traditionnellement demandée au curé une fois par an, autour de la fête du saint patron. Le rituel romain prévoit des formules adaptées à chaque profession. Cette bénédiction, simple geste d’eau bénite et de prière, sanctifie l’espace du labeur et lui rappelle sa dimension d’offrande. À Saint-Fons comme à Feyzin, le curé reste disponible pour toute demande de ce type — qu’il s’agisse d’un commerce, d’une PME ou d’un cabinet libéral. Dans la tradition lyonnaise enracinée par les saints lyonnais Pothin, Irénée et Blandine, cette pratique de bénédiction des métiers s’est perpétuée jusqu’à aujourd’hui.
Notre paroisse s’inscrit dans cette continuité, comme l’illustrent aussi les fêtes religieuses populaires et saints patronaux du calendrier corrézien dans d’autres traditions catholiques européennes. Pour comprendre les termes propres aux fêtes liturgiques des saints — sanctoral, propre, dulie, vénération, intercession —, on consultera utilement le lexique de la liturgie catholique qui rassemble cinquante termes essentiels.
Voici un tableau récapitulatif des trente patronages les plus consultés :
| Métier | Saint patron | Fête liturgique | Particularité |
|---|---|---|---|
| Boulangers / pâtissiers | Saint Honoré d’Amiens | 16 mai | Pelle de fournier reverdie |
| Cuisiniers / rôtisseurs | Saint Laurent | 10 août | Martyr sur le gril |
| Charcutiers / bouchers | Saint Antoine le Grand | 17 janvier | Ermite et porcelet |
| Vignerons | Saint Vincent | 22 janvier | Coïncide avec la taille |
| Charpentiers / menuisiers | Saint Joseph | 19 mars / 1ᵉʳ mai | Père nourricier de Jésus |
| Orfèvres / forgerons | Saint Éloi | 1ᵉʳ décembre | Ancien orfèvre du roi Dagobert |
| Cordonniers | Saint Crépin et Crépinien | 25 octobre | Chaussures gratuites aux pauvres |
| Couturières / modistes | Sainte Catherine d’Alexandrie | 25 novembre | Catherinettes à 25 ans |
| Chasseurs | Saint Hubert | 3 novembre | Cerf à la croix |
| Archers / militaires | Saint Sébastien | 20 janvier | Percé de flèches |
| Médecins | Saint Luc | 18 octobre | Médecin bien-aimé (Col 4,14) |
| Chirurgiens / pharmaciens | Saints Côme et Damien | 26 septembre | Anargyres (sans argent) |
| Infirmiers / hôpitaux | Saint Camille de Lellis | 14 juillet | Croix rouge des Camilliens |
| Dentistes | Sainte Apolline | 9 février | Dents arrachées au martyre |
| Sages-femmes | Sainte Marguerite d’Antioche | 20 juillet | Dragon vaincu |
| Pédiatres | Sainte Gianna Beretta Molla | 28 avril | Morte pour sa fille |
| Avocats / juristes | Saint Yves | 19 mai | Avocat des pauvres |
| Hommes politiques | Saint Thomas More | 22 juin | Exécuté par Henri VIII |
| Canonistes | Saint Raymond de Penyafort | 7 janvier | Codificateur du droit canon |
| Enseignants | Saint Jean-Baptiste de la Salle | 7 avril | Inventeur de l’école gratuite |
| Étudiants / philosophes | Sainte Catherine d’Alexandrie | 25 novembre | A confondu 50 savants |
| Journalistes / écrivains | Saint François de Sales | 24 janvier | Méthode du tract |
| Radios / médias | Saint Maximilien Kolbe | 14 août | Mort à Auschwitz |
| Automobilistes / routiers | Saint Christophe | 25 juillet | Porteur du Christ enfant |
| Marins / pêcheurs | Saint Nicolas | 6 décembre | Tempête calmée |
| Aviateurs | Saint Joseph de Cupertino | 18 septembre | Lévitations extatiques |
| Navigateurs / explorateurs | Saint Brendan | 16 mai | Voyage atlantique de 7 ans |
| Banquiers / comptables | Saint Matthieu | 21 septembre | Ancien publicain |
| Commerçants | Saint Nicolas | 6 décembre | Trois bourses d’or |
| Publicitaires / communicants | Saint Bernardin de Sienne | 20 mai | Monogramme IHS |
| Musiciens / chanteurs | Sainte Cécile | 22 novembre | Hymne dans son cœur |
| Gendarmes | Sainte Geneviève | 3 janvier | Sauveuse de Paris |
| Parachutistes / policiers | Saint Michel archange | 29 septembre | Vainqueur du dragon |
| Pompiers | Saint Florian | 4 mai | Martyr par noyade |
| Mineurs / artificiers | Sainte Barbe | 4 décembre | Foudre vengeresse |
Quelques bonus essentiels pour compléter la liste : sainte Cécile (22 novembre), patronne des musiciens et chanteurs parce que, le jour de ses noces, elle chantait dans son cœur des cantiques au Christ ; sainte Geneviève (3 janvier), bergère de Nanterre qui sauva Paris d’Attila, patronne de la gendarmerie depuis Napoléon ; saint Michel archange (29 septembre), vainqueur du dragon, patron des parachutistes, policiers et radiologues ; saint Florian (4 mai), martyr autrichien noyé pour sa foi, patron universel des pompiers ; sainte Barbe (4 décembre), foudroyée après avoir été décapitée par son père, patronne des artificiers, mineurs, pompiers d’industrie et professions exposées à l’explosion.
L’année liturgique permet ainsi à chaque corps de métier de retrouver, à date fixe, son intercesseur. Pour identifier précisément la date, le mieux est de consulter un agenda chrétien (Prions en Église, Magnificat) qui signale toutes les fêtes des saints au jour le jour, ou le site officiel de la Conférence des évêques de France. Ainsi, chaque profession peut intégrer son saint patron dans le cycle annuel de l’Église — et inscrire son labeur quotidien dans cette communion vivante qui relie la table familiale, le poste de travail et l’autel eucharistique.