Une paroisse vivante se reconnaît à plusieurs signes : la qualité de sa liturgie, la profondeur de sa catéchèse, le soin de ses bâtiments — y compris du patrimoine religieux local qui abrite son histoire. Mais il en est un que l’Évangile place avant tous les autres : l’attention aux pauvres. « En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40).

La solidarité chrétienne n’est ni une œuvre humanitaire parmi d’autres ni une activité subsidiaire qu’on ajouterait quand le reste est fait. Elle est, selon le mot du pape François, « une exigence radicale qui découle de la foi en Jésus-Christ ». L’encyclique Caritas in Veritate de Benoît XVI rappelait déjà que « la charité est la voie maîtresse de la doctrine sociale de l’Église ».

Cette page propose un parcours à travers les institutions, les figures et les pratiques qui structurent aujourd’hui la solidarité catholique en France. Elle n’épuise pas le sujet — il faudrait des bibliothèques entières — mais elle donne quelques repères pour comprendre ce qui se vit dans une paroisse ordinaire, et pour s’y engager si le cœur le suggère.

Qu’est-ce que la solidarité chrétienne ?

Le mot « solidarité » est entré tardivement dans le vocabulaire ecclésial. Au XIXᵉ siècle, il appartient surtout au lexique laïc et républicain. C’est le pape Jean-Paul II qui, dans son encyclique Sollicitudo Rei Socialis en 1987, lui donne ses lettres de noblesse théologique : « la solidarité n’est donc pas un sentiment de compassion vague ou d’attendrissement superficiel pour les maux subis par tant de personnes. C’est, au contraire, la détermination ferme et persévérante de travailler pour le bien commun ».

Une vertu morale

Pour la tradition catholique, la solidarité est une vertu morale, c’est-à-dire une disposition permanente du cœur et de l’agir. Elle se distingue de la compassion (qui est un sentiment) et de la philanthropie (qui peut rester à distance). Elle suppose qu’on se reconnaisse responsable des autres, et particulièrement des plus fragiles, parce qu’ils sont nos frères en humanité — et, pour le chrétien, parce que le Christ s’est identifié à eux.

L’option préférentielle pour les pauvres

L’expression « option préférentielle pour les pauvres » émerge dans les années 1960 dans le contexte de la théologie de la libération latino-américaine, mais elle a été reprise et précisée par le magistère catholique. Elle ne veut pas dire que Dieu n’aimerait pas tout le monde également, mais que sa providence et celle de l’Église s’orientent prioritairement vers ceux qui souffrent le plus.

Le pape François l’a réaffirmée avec force dans Evangelii Gaudium (2013) : « Pour l’Église, l’option pour les pauvres est une catégorie théologique avant d’être culturelle, sociologique, politique ou philosophique ».

Caritas Internationalis et le réseau Caritas

Caritas signifie « charité » en latin, mais aussi « affection profonde », « tendresse ». La confédération Caritas Internationalis, fondée en 1951 à Rome, fédère 162 organisations nationales catholiques de solidarité dans le monde entier. Ensemble, ces organisations interviennent dans plus de 200 pays et territoires, font travailler plus de 600 000 collaborateurs et bénévoles, et touchent chaque année plusieurs centaines de millions de personnes.

Bénévoles Caritas distribuant des colis alimentaires dans un local paroissial, familles attendant dans la dignité, ambiance chaleureuse de partage

Une réponse aux crises mondiales

Caritas est souvent l’un des premiers acteurs sur le terrain lors de crises humanitaires majeures : guerres, séismes, famines, pandémies. Pendant le Covid-19, Caritas Internationalis a mobilisé plusieurs millions de bénévoles dans le monde pour soutenir les personnes isolées, distribuer de la nourriture, accompagner les familles endeuillées.

L’originalité de Caritas tient à son enracinement paroissial. Contrairement aux grandes ONG laïques, Caritas s’appuie sur le maillage des paroisses catholiques, ce qui lui donne une présence durable au plus près des populations, y compris dans les zones rurales reculées ou les pays où peu d’autres acteurs sont présents.

Caritas et écologie intégrale

L’encyclique Laudato Si’ du pape François (2015) a profondément renouvelé l’agenda de Caritas. La « clameur des pauvres » et la « clameur de la Terre » sont désormais traitées ensemble : pas de solidarité crédible sans soin de la création. Cette articulation entre écologie et lutte contre la pauvreté guide les nouveaux programmes Caritas dans le monde.

Le Secours Catholique en France

Fondé en 1946 par le père Jean Rodhain, le Secours Catholique - Caritas France est l’antenne française du réseau Caritas. Avec environ 67 000 bénévoles répartis dans 3 700 équipes locales, c’est l’une des plus grandes associations caritatives françaises.

Mission et méthode

Le Secours Catholique ne se limite pas à l’aide d’urgence. Sa charte affirme une triple mission : agir avec les personnes en situation de précarité, faire reculer les causes de la pauvreté, et appeler à la fraternité. Cette dernière dimension distingue le Secours Catholique d’organismes purement caritatifs : il ne s’agit pas seulement d’aider, mais de transformer la société.

Les méthodes sont diverses : accueil de jour, aide alimentaire et vestimentaire, accompagnement budgétaire, soutien aux personnes sans-papiers, ateliers d’alphabétisation, vacances familiales solidaires, plaidoyer politique sur la fiscalité, le logement et la précarité. Chaque équipe locale adapte ses actions aux besoins du territoire.

Un rapport annuel attendu

Chaque année, le Secours Catholique publie un État de la pauvreté en France, fondé sur les statistiques de ses accueils. Ce document, devenu une référence, a documenté la précarisation des familles monoparentales, des jeunes adultes, des femmes seules, et plus récemment l’effet des crises sanitaire et inflationniste. Il sert d’aiguillon aux pouvoirs publics et aux médias.

L’accueil des migrants : un défi évangélique

L’accueil de l’étranger est inscrit au cœur de la tradition biblique. « Tu n’opprimeras pas l’étranger ; vous-mêmes, vous savez ce que c’est d’être étranger, car vous l’avez été en terre d’Égypte » (Ex 23, 9). Jésus lui-même, fuyant Hérode avec Marie et Joseph, fait l’expérience de l’exil en Égypte (Mt 2, 13-15).

Un engagement contemporain

Depuis les années 2010, l’augmentation des flux migratoires vers l’Europe a fait de l’accueil des migrants un test décisif pour les communautés chrétiennes. Le pape François a multiplié les gestes forts : sa visite à Lampedusa en 2013, sa rencontre avec les réfugiés à Lesbos en 2016 et 2021, ses prises de position régulières contre la « globalisation de l’indifférence ».

L’Église catholique en France s’est mobilisée à plusieurs niveaux. La Pastorale des Migrants, présente dans chaque diocèse, accompagne spirituellement les fidèles de toutes nationalités. Le réseau Welcome, animé par les jésuites du JRS (Jesuit Refugee Service), propose un accueil familial bénévole pour des demandeurs d’asile. De nombreuses paroisses ouvrent leurs locaux pour héberger ponctuellement des familles à la rue.

Les Roms : une attention particulière

Parmi les migrations européennes, celle des Roms tient une place spécifique dans l’histoire récente de la solidarité paroissiale française. Population souvent stigmatisée, vivant dans des conditions précaires (bidonvilles, expulsions répétées, scolarisation difficile), les Roms ont bénéficié d’une attention pastorale renouvelée depuis les années 2000. Notre article solidarité avec les Roms : engagement pastoral revient en détail sur cet engagement, qui touche directement plusieurs paroisses lyonnaises.

L’option préférentielle pour les pauvres

Le concile Vatican II avait préparé cette intuition. La constitution Gaudium et Spes (1965) ouvre par cette phrase devenue célèbre : « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ ».

Une exigence pour toute l’Église

L’option pour les pauvres ne concerne pas seulement les associations spécialisées. Elle imprègne, ou devrait imprégner, toute la vie ecclésiale : la liturgie (où les pauvres ont leur place et leur parole), la catéchèse (qui doit s’adresser à eux dans leur langue), l’organisation paroissiale (où ils ne sont pas seulement bénéficiaires mais acteurs), la formation des prêtres (qui doivent les côtoyer concrètement), le budget diocésain (où la priorité aux pauvres doit se traduire en chiffres).

Cette exigence vaut aussi pour la liturgie. Le Carême est traditionnellement le temps fort de la solidarité chrétienne : jeûne, prière, partage. La collecte de Carême-Partage, organisée par le CCFD-Terre Solidaire, en est un signe visible.

Sobriété volontaire

L’option pour les pauvres appelle aussi à une sobriété personnelle. Le pape François a parlé d’une « écologie intégrale » qui inclut la simplification de la vie, le refus du gaspillage, l’attention à ce qu’on consomme. Cette dimension spirituelle de la solidarité est souvent négligée mais elle est centrale : on ne peut prétendre être solidaire des pauvres si on persiste dans un mode de vie qui contribue à les appauvrir.

Le bienheureux Antoine Chevrier et le Prado

À Saint-Fons même, l’histoire de la solidarité catholique a un nom : celui du bienheureux Antoine Chevrier. Né à Lyon en 1826, ordonné prêtre en 1850, ce jeune vicaire parisien découvre dans les quartiers ouvriers de la Guillotière une misère sociale et spirituelle qui le bouleverse.

Une fondation pauvre pour les pauvres

En 1860, Antoine Chevrier fonde le Prado, une œuvre destinée à préparer les enfants pauvres à leur première communion. Le nom du Prado vient d’une ancienne salle de bal rachetée à bas prix. La méthode est révolutionnaire : vivre pauvrement parmi les pauvres, leur annoncer un Christ pauvre, leur proposer une rencontre personnelle avec l’Évangile sans les soumettre à un cadre institutionnel pesant.

Antoine Chevrier rédige un livre programmatique, Le Véritable Disciple de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui reste l’un des grands textes spirituels du XIXᵉ siècle français. Sa devise est restée fameuse : « Connaître Jésus-Christ ». Pour lui, toute la mission tient là.

Postérité du Prado

Antoine Chevrier meurt en 1879. Béatifié par Jean-Paul II en 1986 à Lyon, il a essaimé bien au-delà de la ville : la Société des prêtres du Prado existe aujourd’hui sur les cinq continents et compte plusieurs centaines de membres. La spiritualité pradosienne — pauvreté, simplicité, proximité avec les ouvriers et les exclus — a profondément marqué l’Église de Lyon. Le sanctuaire du Prado, à Limonest, et les Œuvres du Prado restent des lieux vivants. Notre page de présentation de Saint-Fons revient sur cet enracinement local.

Maison du Prado à Lyon, façade modeste du XIXe siècle, lieu fondateur de la spiritualité pradosienne, atmosphère paisible

Une intuition toujours actuelle

L’intuition d’Antoine Chevrier — une Église pauvre pour les pauvres — résonne fortement avec celle du pape François. Quand le pape déclare en 2013 « Comme je voudrais une Église pauvre et pour les pauvres », il prolonge sans le savoir le programme du curé lyonnais. Cette continuité spirituelle, par-delà un siècle et un océan, dit la fidélité de l’Église à sa source évangélique.

Vivre la solidarité au quotidien

La solidarité ne se résume pas aux grandes institutions. Elle se vit d’abord dans les gestes ordinaires d’une paroisse, d’une famille, d’un voisinage.

Dans la paroisse

Plusieurs formes d’engagement sont possibles selon les charismes et les disponibilités : visite aux personnes âgées isolées, accompagnement des deuils, présence aux funérailles des inconnus de la paroisse, équipes Saint-Vincent-de-Paul, conférences de la Société de Saint-Vincent-de-Paul, maraudes, ateliers d’alphabétisation, accueil des familles éprouvées. La paroisse est un lieu où la solidarité peut s’organiser sans devenir bureaucratique, parce qu’elle s’enracine dans la prière commune. Voir notre page sur les sacrements catholiques pour comprendre comment l’eucharistie nourrit cet engagement.

Dans la famille et le voisinage

Beaucoup d’attentions silencieuses passent inaperçues : porter un repas à un voisin malade, garder les enfants d’un couple séparé en difficulté, accueillir à sa table une personne seule à Noël, donner sans bruit à une famille qu’on sait dans le besoin. Ces gestes ne se mesurent pas, ne se publient pas. Ils tissent pourtant la solidarité réelle d’une société.

Dimension politique

La solidarité chrétienne ne se cantonne pas à l’aide directe. Elle pose aussi des questions politiques : comment les structures économiques produisent-elles de la pauvreté ? Quelles décisions publiques aggravent ou améliorent le sort des plus fragiles ? L’engagement civique, le vote informé, le plaidoyer associatif font partie de la solidarité au sens plein. Le CCFD-Terre Solidaire, Justice et Paix, le réseau Église verte mènent ce travail de fond.

Pour mieux connaître le territoire local, voir notre page sur Feyzin et le patrimoine religieux de Saint-Fons et Feyzin, qui évoquent des engagements solidaires anciens et contemporains de l’ensemble pastoral. La mémoire des engagements anciens — y compris ceux qui ont coûté la vie à leurs acteurs, comme le rappelle le travail patient du Souvenir Français du Doubs — éclaire ceux d’aujourd’hui.

Conclusion : la solidarité comme épreuve de la foi

Saint Jean l’a écrit avec une netteté qui ne souffre pas la dérobade : « Si quelqu’un dit : “J’aime Dieu”, alors qu’il a de la haine contre son frère, c’est un menteur. Celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, ne saurait aimer Dieu, qu’il ne voit pas » (1 Jn 4, 20). La solidarité est l’épreuve de la foi. Elle ne la remplace pas, elle ne la précède pas, mais elle la vérifie.

Pour la communauté chrétienne de Saint-Fons et Feyzin, comme pour toute paroisse, la question n’est pas de savoir s’il faut être solidaire — la réponse est évidente — mais comment l’être de manière juste, durable et fidèle à l’Évangile. Cette question ne reçoit pas de réponse théorique. Elle se vit, semaine après semaine, dans les choix concrets de la communauté et de chacun de ses membres.

L’engagement n’attend pas. Si vous souhaitez vous joindre aux équipes de solidarité de la paroisse, consultez les horaires de messes et entrez en contact avec l’accueil paroissial. Les besoins sont nombreux. Les bras ne le sont jamais assez.