Homélies à relire

Homélie – dimanche 5 août 2018 (18e– Année B)  – Jn 6, 24-35 / Ex 16 / Ep 4

Dieu ne cesse de donner aux hommes ceux dont ils ont besoin mais la foule réclame toujours plus, toujours plus de signes, de miracles. Ils ne voient donc pas, n’entendent pas, ne goûtent pas à Celui qui s’offre déjà à eux. Pourtant il est là, celui qui se donne lui-même, « la pain de la vie », le pain pour notre vie. « Vers qui d’autres irions-nous ? » – demande les disciples ? Rien d’autre ne saurait nous être nécessaire. N’est-ce pas ce que nous demandons dans notre prière : « Donne nous aujourd’hui notre pain quotidien… »

Et s’il nous suffisait d’accepter de le recevoir ? Lui qui se donne à toute la foule, le recevoir et le partager, le partager pour le recevoir… Et si, comme la foule, nous acceptions de nous déplacer pour le découvrir là où ne nous l’attendions pas, au delà de nos certitudes ?

La première lecture le révélait déjà, souvent nous attendons et nous préférons la nourriture du monde. Toutes ces richesses et ces biens qu’il a à nous offrir, pour nous rassasier et nous combler. Et après ? Et s’il ne s’agissait justement pas d’être comblé mais de garder de la place, de faire de la place, de nous libérer ?! Et s’il s’agissait de se laisser surprendre comme Israël s’est laissé surprendre au désert par la manne venue du ciel ? N’est-ce pas là un chemin de nouveauté et de liberté ?

En ce temps de l’été, où nos rythmes sont parfois décalés, nos habitudes changées, voilà bien l’occasion pour ne pas tout remplir et pour nous laisser surprendre là où nous ne l’attendions pas. Laissons, comme le dit Saint Paul, l’homme ancien derrière nous. Laissons-nous faire, nous renouveler par la fraicheur de l’Evangile – par ce temps de canicule nous en avons bien besoin ! Revêtons-nous de l’homme nouveau.

Dans l’Evangile, la foule est déçue voire troublée de ne pas trouver Jésus là où ils le pensaient. Et c’est une bonne chose ! Nous aussi laissons-nous surprendre, partons à sa recherche ailleurs, sur d’autres rives. Car l’Ecriture ne dit pas : « comblé celui qui le trouve », mais « rassasié celui qui vient », celui qui le cherche. C’est cela être « disciple missionnaire »comme le nomme Saint Paul.

J’ai eu la chance de pouvoir partir avec un ami, un jeune prêtre de la Mission de France, quelques jours en Sicile. Là-bas, nous avons découvert une terre mêlée d’histoires, de cultures et de religions. Les unes et les autres cohabitant, parfois s’épaulant, pour donner le meilleur d’elle. Voilà une expérience qui m’a fait changer mon regard, qui m’a déplacé, qui a été frais !

Alors encore une fois, dans ce temps où nos rythmes et nos habitudes changent, et même en demeurant chez nous, avec nos voisins, avec nos collègues, croyons que ce temps qui nous est donné peut nous rassasier si nous changeons notre regard, si nous osons chercher le Christ ailleurs. Allons à lui là où ne nous pensions pas le trouver ! Et qui sait, peut-être pourrons-nous nous trouver nous-mêmes…

P. Guillaume ROUDIER

 

Homélie – dimanche 17 juin 2018 (11e– Année B)  

Des arbres et des fruits, de l’herbe et du blé, des montagnes fertiles et de la terre féconde…  ce sont de belles images qui nous sont données ce matin alors que le soleil et l’été semblent enfin là. Que faut-il en retenir de la Parole de Dieu aujourd’hui ? Peut-être tout simplement que les graines dont il est question, hé bien c’est nous. Nous sommes les graines semées au gré du vent de l’Esprit. Oui, c’est bien nous que Dieu sème ici et là en ce monde.

En bon jardinier, en bon cultivateur, il prend soin de nous et il sait tirer le meilleur de nous. Car, petites graines, humbles, nous sommes appelés à grandir et à porter du fruit. Une petite graine insignifiante, toute petite, mais qui connaît en elle un trésor, qui porte en elle tant de choses, tant de vie possible. Oui, chacune de nos vies renferme tant d’avenir possible. Et ensemble, si nous veillons les uns sur les autres, si nous collaborons comme la nature sait être en symbiose, alors cela peut devenir un magnifique jardin… C’est cela dont il est question lorsque le Pape nous invite à penser une écologie intégrale : à la fois contempler la création, en prendre soin, et collaborer.

Tout à l’heure, au cours de l’offertoire, les enfants remettront à Dieu tout ce qui grandit en eux, en nous : nos joies et nos peines, notre confiance et nos doutes, tout ce qui fait notre vie. Nous pourrons alors nous laisser surprendre en voyant ce que, de tout cela, Dieu va finalement réaliser : notre unité en lui, mystère de l’eucharistie. Oui, de ce que nous portons en nous, Dieu peut faire naître quelque chose de nouveau pour nous, et pour la multitude, pour ce jardin en train d’être cultivé.

Alors nous pouvons dès à présent nous étonner, nous ravir de ce qui, déjà, nous est donné : la vie ! Comme les moines savent si bien le faire, contemplons la vie sous toutes ses formes, contemplons la force de la vie qui sait s’adapter et résister aux aléas. Oui, nous pouvons être déjà émerveillés de porter en nous une telle force, tant de vie. Ainsi, humblement, en reconnaissant que tout est dû à Celui qui prend sans cesse soin de nous, chacune de nos paroles, chacun de nos actes, peuvent porter la vie si nous consentons à nous laisser faire en confiance.

Au début de cette célébration, nous avons défriché nos cœurs pour en faire une terre fertile où Dieu aller pouvoir semer en nous son amour ; et pour que, laissant grandir cet amour, nous puissions aller, être envoyés dans le monde pour grandir et porter du fruit.

Vous aussi maintenant, vous les enfants qui êtes une terre riche, vous qui allez faire votre première communion, vous porterez en vous ce germe d’amour, le don de Dieu, qu’il vous faudra laisser grandir pour participer au jardin du Royaume.

Car le Royaume de Dieu n’est pas pour un avenir lointain, il est déjà là, à la maison, à l’école, avec les voisins, au travail… dans la contemplation du monde créé et aimé de Dieu, ce monde qui nous est donné, dans la vie de tous les jours. Laissons-nous faire. Dans un regard posé, dans une main tendue, laissons passer en nous la force de la vie. N’ayons pas peur de sentir en nous la vie foisonner, ayons confiance en ce qui vient même si aujourd’hui nous ne comprenons pas tout, laissons-nous faire par cette vie qui pousse en nous et qui nous pousse au delà de nous, laissons-nous faire par le Christ en nous. Et rendons grâce pour ce jardin qui nous est donné de contempler, auquel il nous est proposé de collaborer : cette terre, lieu sacré de la rencontre des hommes et de Dieu.

P. Guillaume ROUDIER