Homélies à relire

Homélie – dimanche 18 février 2018, 1e dimanche de Carême (Mc 1, 12-15)

Le chemin vers Pâques a commencé. Sur celui-ci, Dieu est à l’initiative de la rencontre pour nous rappeler cette alliance qu’Il a voulu. Lui, il y est fidèle, et il ne cesse d’être là, aux grands et aux petits rendez-vous de nos vies. Il nous appelle, il nous suscite. Il nous rappelle, il nous ressuscite.

Pourtant la tentation est grande de l’oublier. La tentation, c’est justement ce que le Christ éprouve lui aussi au désert quand il est poussé par l’Esprit. Mais il la traverse. Quel message pour nous aujourd’hui ! Lui, le Fils de Dieu, nous invite à le suivre et à traverser à notre tour, avec lui, ce qui dans notre humanité nous déshumanise, ce qui dans nos vies nous conduit à la mort.

Effectivement, nos esprits, nos corps sont si souvent captifs de nous-mêmes que le Christ nous rejoint là : dans notre fragilité. Et il nous montre le chemin pour traverser l’épreuve. Alors, tout au long de ce Carême, apprenons à le laisser faire en nous son travail de libération et de pacification. Acceptons de lâcher prise sur ce que nous croyons posséder mais qui en réalité nous possède. Acceptons de livrer ce combat contre nous-mêmes et laissons Dieu être le vainqueur. Prenons les mêmes armes que le Christ : la prière, la sobriété et le partage, et marchons vers la Lumière de Pâques qui nous révèle Dieu, qui nous révèle ce à quoi nous sommes appelés. Laissons faire son Esprit qui nous pousse pour que grandisse en nous cette humanité dans laquelle Dieu nous a tous rassemblés.

L’arc-en-ciel évoqué dans la Genèse est une belle image pour dire encore autrement cet horizon pascal. L’arc-en-ciel s’est une multitude de couleurs et de nuances, comme cette multitude de visages qui composent de notre humanité. Si on y réfléchit, d’ailleurs, qu’est-ce qu’un arc-en-ciel, sinon des petites gouttelettes d’eau, infiniment petites que la lumière vient révéler et faire briller ? Au milieu des nuages et des ténèbres, nos vies sont traversées par celui qui est Lumière et qui nous révèle à nous-mêmes, qui nous révèle la valeur de chaque vie. L’arc-en-ciel n’est pas noir et blanc, ni monochrome, il se compose de toute la palette de la Création. Dieu est un véritable artiste qui, de matière brute, sait ô combien mettre nos vies en valeur les unes aux côtés des autres, si nous le laissons faire. Amour et vérité sont les instruments de son œuvre.

Et qu’est-ce qu’un arc-en-ciel sinon le signe que l’averse s’achève ? Il est l’espoir qui s’offre à tous, visible par tous quelque soit notre point de vue, et peu importe d’où nous venons. Les anciens qui ont rédigé la Genèse l’avaient bien compris : l’Alliance de Dieu est universelle et toute la Création, hommes, animaux et végétaux, nous pouvons tourner notre regard vers ce signe qui nous est donné, nous pouvons garder notre regard fixé sur Jésus.

Encore une fois, apprenons à lâcher prise, apprenons à tourner notre regard vers la lumière de Pâques à l’horizon du Carême qui, déjà, vient donner à nos vies toutes leur valeur : une valeur aux yeux de Dieu parce qu’elles sont toutes mêlées, assemblées dans la palette de l’Artiste.

P. Guillaume ROUDIER

 

Homélie – dimanche 11 février 2018, 6e dimanche (Mc 1, 40-45)

Ce passage de l’Evangile nous est bien connu. Jésus guérit un lépreux et voilà un miracle de plus accompli attestant qu’il est le Seigneur parmi nous. Evidemment. Mais ce serait un peu court alors que de ces quelques lignes nous pouvons nous risquer à dire bien plus… Oui, car en accomplissant cette guérison Jésus se révèle tel qu’il est, tel que Dieu est réellement. Et tels que nous sommes appelés à devenir !

D’ailleurs, si vous y avez prêtez attention, il s’agit bien plus pour cet homme lépreux d’être purifié et pas guéri. Quelle différence ? Hé bien c’est précisément là que Jésus nous rejoint, dans ce qui nous sépare et nous éloigne les uns des autres, dans cette humanité séparée, blessée et mise à mal. Oui, Jésus n’hésite pas à braver les convenances et les interdits de son temps et touche l’homme là où précisément tant d’autres l’avaient écartés et condamnés comme intouchable.

Etonnement, avant de toucher et de purifier le lépreux, Saint Marc note bien que Jésus se laisse lui-même toucher. Il est « saisi de compassion » avant de toucher. Littéralement en grec, il se laisse « toucher aux entrailles ». Les entrailles, ces mêmes plaies qui, sur la Croix, laisseront apparaître ô combien il partage jusqu’au bout notre humanité, combien il partage et fait sienne toute notre histoire.

De ses entrailles à sa main, de sa main à la parole, Jésus est touché et il nous touche. Et voici donc comment nous pouvons rencontrer le Verbe, Celui qui s’est fait chair. Voici qui il est en vérité, voici ce qui précisément nous purifie et nous guérit : voir ô combien Dieu se laisse toucher par nos vies, ces vies qu’Il a choisi de rejoindre. Alors si nous ne devions retenir qu’une seule chose aujourd’hui dans l’Evangile, qu’une seule vérité, c’est celle-ci.

C’est cette volonté du Père en acte, celle qui nous appelle et nous ouvre à ce qui fait notre humanité. Oui, le lépreux, en cherchant à se rapprocher du Fils de Dieu, redécouvre ce qui fait son humanité. Il en va de même pour nous, appelés à redécouvrir avec le Christ, chaque jour, ce qui fait de nous un seul peuple de frères…

Mais le texte ne finit pas ainsi. Le Christ invite encore le lépreux purifié à « aller », c’est-à-dire à ne pas rester avec lui mais à aller vers d’autres pour témoigner. Il ne s’agira pas alors de dire, ou de proclamer haut et fort, ce qui s’est passé pour lui, non. En revanche, cet homme est invité à être témoin au milieu des hommes et des femmes de son temps, des savants, des sachants, des bienpensants, ceux et celles qui font autorité. En allant au Temple, celui qui a été touché par Dieu est envoyé pour que d’autres se laissent touchés à leur tour. Et voilà que cet homme nouveau est engagé sur un chemin d’avenir.

A quoi sera-t-il reconnu ? A cette manière d’être, renouvelé, ressuscité au milieu de ses proches, de ses voisins. Alors certes, la joie de l’homme croyant l’emporte parfois, et nous en savons quelque chose, nous qui sommes réunis ce matin pour célébrer notre foi. Mais ne nous arrêtons surtout pas à cela : comme celui qui a été purifié dans l’Evangile, nous sommes invités à « aller ». A aller vers nos proches, nos voisins, nos collègues puisque ce qui fait en nous notre humanité a été touché, rejoint par le Christ. Oui, scandale pour les uns et folie pour les autres, Dieu se fait homme pour entendre nos cris de peine et de joie, et pour nous envoyer au cœur de ce qui fait notre humanité, pour tisser le lien de fraternité.

Je terminerai en reprenant la lettre de Saint Paul et en l’associant à une prière de Madeleine Delbrêl dont, vous l’avez peut-être appris, le pape a reconnu récemment les vertus héroïques vers sa béatification…

Dans le chemin vers Dieu, ne soyons un obstacle pour personne. Dans le témoignage auquel nous sommes appelés, ne nous mettons pas entre Dieu et l’homme. Sachons nous adapter. « Et nos cœurs iront toujours s’élargissant, toujours plus lourds du poids des multiples rencontres, toujours plus lourds du poids de votre amour, pétris de vous, peuplés de nos frères les hommes. Car le monde n’est pas toujours un obstacle à prier pour le monde. »

P. Guillaume ROUDIER