Homélies à relire

Homélie – dimanche 9 décembre 2018 – 2edimanche de l’Avent C (Lc 3, 1-6)

Cela fait maintenant plus d’une semaine que Noël se prépare. Et il serait bien difficile de ne pas s’apercevoir que Noël approche alors que les décorations illuminent nos villes, que les vitrines (pour celles qui ne sont pas cassées) sont garnies, que les téléfilms parlent tous de Noël… Noël approche, c’est sûr. Mais une question demeure : est-ce que nous, nous nous approchons de Noël ? Vous comprenez la différence ? Le calendrier avance vers la Nuit de Noël et les petits et les grands attendent de faire la fête, d’échanger des cadeaux, de faire un bon repas… Mais notre cœur, lui, s’avance-t-il vers Noël ? Autrement dit, en ce temps de l’Avent, en ce temps de l’attente, comment préparons nous nos cœurs à accueillir Celui qui vient habiter parmi nous ? Comment préparons-nous le chemin de Dieu ?

Vous l’avez entendu à l’instant, il nous faut nous convertir, il nous faut préparer ses chemins, rendre droits ses sentiers. Il ne s’agit pas de nous transformer en agents de la DDE, même si dans le froid actuellement ils auraient bien besoin d’un coup de main. Non, il s’agit de rendre droites les routes sinueuses de la fraternité, de combler les fossés de l’indifférence, d’abattre les montagnes qui nous séparent les uns des autres, qui nous séparent de Dieu. C’est cela qui nous est demandé : d’être des ouvriers qui mettons nos cœurs en chantier pour accueillir Celui qui vient, pour accueillir Celui qui est déjà là. Oui, il nous est demandé que notre cœur apprenne à entendre le cri des plus petits, puisqu’il est là ; que notre cœur apprenne à parler au cœur de celles et ceux qui ne partagent pas notre foi, puisqu’il est là. Il nous est demandé de vivre avec eux un cœur à cœur pour l’amour et la vérité, pour la justice et la paix.

Alors nous pouvons toujours attendre et faire le décompte des jours qui nous séparent de Noël, nous pouvons ouvrir les cases de nos calendriers de l’Avent remplis de chocolats… mais n’oublions pas le chantier que Dieu a déjà commencé en nous et qu’il nous demande de poursuivre. Car ce n’est pas nous qui devons attendre patiemment le jour où Dieu va venir, mais c’est Dieu qui attend, chaque jour, avec impatience, le moment où nous allons venir à lui, le moment où nous allons ouvrir nos mains crispées, ouvrir nos yeux embués, ouvrir nos cœurs engourdis.

Ne disons pas : « Noël ? C’est pour bientôt ! » Mais disons : « Noël ? C’est déjà aujourd’hui ! » Ce n’est pas le Seigneur qui se fait attendre, il est déjà venu, il est déjà là. Ici et maintenant, il est parmi nous, il est en nous. Et c’est nous qui ne devons pas le faire attendre.

Réjouissons-nous pour cette lumière allumée et qui se répand dans les rues de Lyon ces jours-ci. Comme nos frères d’Algérie béatifiés hier, partageons avec nos frères et sœurs de l’Islam la fraternité alors qu’à Noël nous fêterons la naissance de Issa, « le Prince de la Paix »… Oui, portons ensemble ce signe d’espérance et de solidarité au monde qui en a tant besoin. Faisons entre les cœurs des hommes de belles routes toutes droites.

Et comme Jean Baptiste, parcourons notre temps, passons du désert au Jourdain, faisons de l’aridité de nos vies, un fleuve de solidarité et de fraternité. L’an 2018, François étant évêque de Rome, Emmanuel étant président de la République française… la Parole de Dieu fut adressée aux croyants de ce temps. Qu’en faisons-nous ?

P. Guillaume ROUDIER

 

Homélie – dimanche 25 novembre 2018, 34edimanche (Jn 18, 33-37)

Le passage de l’Evangile aujourd’hui pourrait facilement se mettre en scène. Jésus comparait au tribunal devant Pilate, procurateur romain qui cherche à établir les faits reprochés à ce « roi des juifs ». Ce dernier commence justement par lui poser la question : « Es-tu le roi des Juifs ? ».C’est étonnant, car nous pouvons penser que s’il y avait un roi en Judée, Pilate, qui représente l’autorité romaine, ne pourrait pas l’ignorer.

Evidemment, par cette rencontre, Saint Jean évoque une toute autre royauté pour Jésus. Oui, sa royauté est si particulière que Jésus ne s’en vante pas, ne la revendique pas. Et aux questions de Pilate, Jésus répond par d’autres questions. Si bien que Jésus semble ne pas prêter attention au contenu de la question, mais plutôt à celui qui la pose. Souvenez-vous de cet autre passage où Jésus interroge ses disciples : « – Les gens, que disent-ils de moi ? – Pour les uns, lui répondent-ils, tu es Elie, pour d’autre Jean-Baptiste. – Mais vous, que dîtes-vous ? Pour vous, qui suis-je ? »(Mt 16)

C’est un peu la question avec laquelle nous devons repartir ce matin. Je dis bien repartir avec une question, et non pas une réponse ! Pour moi, qui est-il ce roi ? Qui est-il ce roi né dans une mangeoire, fils de charpentier, qui rentre à Jérusalem sur un âne, partageant du pain et du vin, portant une couronne d’épines ?

Cette royauté ne semble pas relever de ce que l’on connaît du pouvoir : elle n’obéit pas à la logique des royaumes du passé ni même aux Etats les plus modernes. Car cette royauté, ce pouvoir tel qu’il s’exerce par les hommes, implique trop souvent de soumettre d’autres hommes, de défendre ce que nous croyons posséder, voire de conquérir ce que d’autres possèdent… Evidemment, c’est un tel roi que les juifs attendaient. Un roi capable de les libérer des romains. Un roi assez fort pour unir les tribus contre des voisins menaçants. Un chef de guerre. Mais Jésus, le Fils de Dieu, n’est pas venu pour prendre parti et se trouver des ennemis parmi les hommes. Il est venu pour renverser nos modèles de fonctionnement et pour semer la Bonne Nouvelle. Devant Pilate, Jésus ne cherche donc ni à s’expliquer ni à argumenter. Il est tout simplement là, présent au milieu de nous, présent parmi les hommes, lui le Serviteur qui se désigne mystérieusement comme « le Fils de l’Homme ».

Le prophète Isaïe le décrivait déjà par ces mots : « Il n’avait ni aspect, ni prestance…Homme de douleurs, brutalisé, humilié ; il n’ouvre pas la bouche…Il est comme un agneau qu’on mène à l’abattoir… »(Is 53) Et Saint Paul écrira : « Le Christ Jésus n’a pas retenu le rang qui l’égalait à Dieu, mais il s’est dépouillé, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes, obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix ! »(Ph 2) Au début de l’évangile de Saint Jean que nous lisons ce matin, Jésus est le « Verbe devenu chair », « la lumière par qui tout a été créé », il rend témoignage à la vérité, il est la vérité. Vérité de la parole qui est Parole de Dieu, et vérité du corps qui est Corps d’homme. Voilà celui qui est notre roi, voilà celui qui élève toute notre humanité dans sa dignité de Fils de Dieu et Prince de la Paix. Oui, vrai homme, il est parvenu, par l’amour, à la plénitude de son humanité, de notre humanité.

Si Jésus devant Pilate dit combien sa royauté n’est pas de ce monde, c’est que ce monde, tel qu’il est, n’est pas encore son royaume. Oui mais… il peut le devenir ! Voilà la Bonne Nouvelle ! Et il nous montre pour cela le chemin… Cette terre, notre monde, notre humanité est le lieu de sa mission ; c’est ici et maintenant qu’il révèle encore et encore la réalité de l’amour de Dieu. Au cœur de notre humanité, il suscite la rencontre, le dialogue, la paix. Il ouvre un espace de liberté et de créativité pour que nous participions, tous, à faire enfin advenir son royaume.

Avec la fête du Christ-Roi, l’Eglise rappelle que l’exercice du pouvoir n’est pas dans la force et la puissance, dans l’autorité politique et sûrement pas dans l’autorité religieuse trop souvent cléricale. Tout cela est un fantasme, celui d’être « le maître de son petit monde », « un petit chef ». Non. La vérité du pouvoir et de la royauté du Christ réside dans l’accomplissement d’une seule chose : s’offrir par amour, et servir ses frères en humanité et particulièrement les plus petits, les plus fragiles. Par notre baptême, nous sommes tous, chacun de nous, appelés à participer à cette tâche, à la mission du Christ « Prêtre, Prophète et Roi ».

Alors, pour Mia et Emeline qui vont être baptisées ce matin, souhaitons leur de grandir dans une telle joie de collaborer et que, demain, elles voient le royaume du Christ advenir sur notre terre.

P. Guillaume ROUDIER

 

Homélie – dimanche 18 novembre 2018, 33e dimanche (Mc 13, 24-32)

Les textes aujourd’hui ne sont pas évidents : ils parlent de la fin des temps, de déchéance, de soumission, de sacrifice, etc. Alors pour essayer de comprendre un peu tout cela, nous pourrions nous rappeler qu’aujourd’hui est le jour où l’Eglise, et particulièrement le Secours Catholique, nous invite à réfléchir à la place des plus petits, des plus pauvres parmi nous. D’ailleurs, des membres de notre communauté de Saint Fons et Feyzin ont répondu à l’invitation de se rassembler autour de l’évêque ce matin. Pourquoi une telle journée ? Evidemment pour rappeler que la pauvreté, la détresse économique et sociale touche toujours plus de personnes. Une telle journée est là pour nous rappeler qu’il nous faut être attentifs pour écouter le cri de ceux qui pleurent, parfois hurlent, parfois taisent, leur solitude et leur précarité. C’est avec eux que nous pourrons aujourd’hui entendre et comprendre ces textes de l’Ecriture. 

Oui, ceux-là le savent bien : la vie est fragile, précieuse mais aussi parfois douloureuse. Chaque jour il faut lutter pour résister. Chaque jour est une nouvelle épreuve. Chaque jour qui débute est long, jusqu’à ce qu’il s’achève enfin. Et avant que tout ne recommence. Cruelle répétition pour ceux qui espèrent un signe, qui attendent une main tendue, un regard fraternel. Nous le savons bien : il y a un début, et il y a une fin à toute chose, à chaque vie. Mais la pauvreté, la précarité qui se développe toujours un peu plus ne semble pas respecter cette loi pourtant universelle. 

Comment cela se fait-il ? Chacun nous vivons pourtant au rythme du temps. L’aujourd’hui d’hier, celui de demain, ne devraient-ils pas dévoiler un peu plus quelque chose du Royaume de Dieu ? Un Royaume où tous nous serons riches de notre humanité commune, riches de l’amour de Dieu ? Alors pourquoi la pauvreté demeure ? Peut-être faut-il nous interroger autrement : que faisons-nous de ce temps présent qui nous est donné ? Comment sommes-nous, les uns les autres, ceux qui levons le voile de la honte et de l’isolement pour faire se découvrir quelque chose de ce Royaume ? 

« Lever le voile », « dévoiler ». Les textes du jour appartiennent au registre que nous nommons « apocalyptique ». Souvent, à cause de l’imaginaire ou des films américains, on conçoit l’apocalypse comme la destruction et la fin de toute chose. Mais il ne s’agit pas de cela. « Apocalypse » se traduit justement par « dévoilement ». Souvenez-vous par exemple de cet instant extraordinaire de révélation, alors que le Christ accomplit toute chose sur la Croix par amour : à cet instant le rideau du Temple se déchire. Dès lors, plus rien ne doit empêcher notre humanité de voir en elle le trésor offert par Dieu, un trésor d’amour, de fraternité, un trésor de solidarité. 

Les textes du jour sont difficiles à comprendre, à moins, donc, de faire des plus petits parmi nous la clé de tout ceci. Oui, si nous consentons à avancer vers ceux qui sont nos frères en humanité, si nous les reconnaissons désormais comme visages à aimer, à accueillir et à servir, alors ce jour qui commence, chaque nouveau jour, devient jour d’espérance pour que se dévoile, pour que se révèle quelque chose du Royaume de Dieu. Le rapport annuel du Secours Catholique paru récemment a rappelé qu’il ne s’agit pas seulement de lutter contre une forme de pauvreté, mais que celle-ci, s’étant multipliée, est à combattre sur tous les fronts : chez les jeunes mal logés, chez les anciens isolés, chez les migrants mal traités, chez ceux qui travaillent mais qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts. En ce jour nouveau qui commence chaque matin, alors que le Christ ne cesse de nous appeler à le rejoindre sur son chemin, quels choix allons-nous faire ? 

Si nous y croyons, plus rien n’est impossible et nous pouvons vaincre l’indifférence et donc la pauvreté sous toutes ses formes. Comment aujourd’hui je vais tendre une main, partager un repas, offrir tout simplement un sourire… ? Oui, qu’allons-nous faire de ce jour nouveau où tout est possible ? Comme les feuilles sur le figuier du printemps, nous sommes appelés, dès aujourd’hui – pas plus tard, pas quand nous avons le temps – nous sommes appelés aujourd’hui à être ces pousses vertes, ces signes d’espérance pour notre monde. « N’ayez pas peur » répétait Jean-Paul II aux jeunes du monde entier. Oui, n’ayons pas peur de porter l’espérance à ceux qui en ont désespérément besoin. 

Avec eux, avec tous les petits, les pauvres, nous découvrirons qu’il ne s’agit pas de faire de l’assistance, de la charité pour notre bonne conscience. Non, il s’agira de découvrir que nous avons à nous tenir ensemble devant Dieu, les uns aux côtés des autres, les uns reconnaissant le visage du Christ sur le visage des autres. 

Si nul ne sait quand est le jour et l’heure de la Révélation, nous pouvons construire une société plus juste, plus fraternelle, respectueuse de la « Maison commune » comme la nomme le pape François. Je le cite : « Il nous faut écouter tant la clameur de la terre que la clameur des pauvres. » (Laudato Si &49) Oui, nous pouvons faire en sorte que si c’est aujourd’hui que Dieu vient, nous soyons prêts à l’accueillir. 

Si nous naissons et nous mourrons, que faisons-nous entre les deux, que faisons-nous du temps qui nous est donné ? Vous les connaissez désormais, je vous redis encore ces mots de Madeleine Delbrêl : « Un jour nouveau commence. Jésus en moi veut le vivre. » 

P. Guillaume ROUDIER

 

Homélie – dimanche 28 octobre 2018, 30edimanche (Mc 10,46b-52)

Nous sommes parfois malmenés par la vie, par des accidents de parcours. Ce qui fait notre vie, ce en quoi nous croyons peut être ébranlé. C’est précisément l’expérience du peuple juif au moment de la rédaction de la première lecture : un peuple en exil qui semble avoir tout perdu, perdu confiance en lui, et surtout confiance en Dieu.

Pourtant c’est bien là, dans l’expérience du doute et de la peine, que Dieu se découvre fidèle. Comment pourrait-il en être autrement ? Comment un Père pourrait-il oublier ceux qu’il aime tant ? Parmi eux, en premier lieu, ceux qui pourraient passer pour médiocres ou impurs : des étrangers, des proscrits, des oubliés, des infidèles. Hier, comme aujourd’hui, ils sont bien les premiers à qui Dieu redit sa fidélité. Ils sont les premiers d’une multitude. Les premiers, oui. Mais qui se tient là pour leur faire entendre, pour leur ici et maintenant la promesse de Dieu ? Qui se tient là pour leur adresser une parole d’amour, pour leur lancer un appel ? Si la promesse de Dieu n’exclut personne, en est-il de même pour nos silences coupables, nos regards détournés et nos mains fermées ?

Alors oui, nous sommes faibles et fragiles. Oui, nous devons nous montrer humbles et confiants. Mais pour autant faut-il laisser tant de place dans nos vies et dans notre foi aux prophètes de malheur qui annoncent toute la journée en boucle des catastrophes, qui entretiennent nos peurs, ou faut-il se mettre au service de l’espérance, à l’écoute des hommes et des femmes qui crient à pleine voix leur besoin d’aide, leur désir d’aimer et d’être aimé ?

Vous l’avez remarqué, ce passage de l’évangile se joue aux pieds des murs de Jéricho, là où les trompettes de l’Alliance ont ébranlé les murs qui résistaient à Dieu. Désormais, ce ne sont pas seulement les murs de nos cités qui résistent à l’amour, ce sont nos cœurs.

Au temps de Jésus, un homme a décidé de faire entendre sa voix : Bartimée. S’il n’a pas été épargné dans la vie, il sait reconnaître sa fragilité, son impuissance. Et il s’en remet tout entier à celui qui marche au milieu de la foule nombreuse : Jésus. Malgré les voix qui essayent de le faire taire, il insiste, il croit et fait confiance.

Et nous ? Sommes-nous plutôt l’aveugle Bartimée qui nous en remettons tout entier à Dieu, où sommes-nous la foule voulant faire taire la voix qui monte ? Peut-être un peu des deux… Oui, peut-être nous en remettons-nous entier à Dieu, car peut-être avons-nous aussi peur de notre monde, de ce qui nous tombe dessus, de ce que nous ne connaissons pas. Et peut-être sommes-nous incrédules, ne voulant pas croire et espérer chaque jour que Dieu nous envoie pour rejoindre ceux et celles qu’il nous donne justement à aimer, qu’il nous donne à appeler à la vie ! Alors peut-être nous faut-il accepter de lâcher prise, de faire confiance, tout autant que de changer notre regard sur ce monde et ceux qui l’habitent… Je crois en tous cas que la clé de l’Evangile aujourd’hui, ce qui est à retenir avant tout, c’est que ce sont des hommes qui finalement sont envoyés pour appeler d’autres hommes. Etienne Grieu, un de mes enseignants jésuites durant mes études, nommait cela : « l’appel à l’existence ». Oui, il en est de notre devoir chrétien – pour ne pas dire humain – de prendre soin les uns des autres. Ici, dans l’évangile, cet appel à l’existence est un appel qui fait se lever Bartimée, qui le fait laisser derrière lui ce qui représente son lourd passé (son manteau), et qui le fait courir. C’est-à-dire le fait avancer, se précipiter dans la joie.

Alors, si nous y consentons, ce ne seront plus seulement des trompettes qui résonneront pour abattre des murs de pierre – même si malheureusement de nombreux murs s’érigent encore aujourd’hui pour séparer les hommes –, ce seront aussi des voix d’hommes et de femmes comme celle de Bartimée que nous entendrons dire leur besoin d’amour, ce seront des voix comme celles des disciples parmi la foule qui appelleront à une vie debout, digne. Si nous y consentons, toutes ces voix seront des voix qui ébranleront nos murs intérieurs et pourront donner de l’écho à la Parole de Dieu en notre monde.

Alors faisons de nos voix non pas des silences coupables, mais des appels à la dignité, des appels à ouvrir les yeux, comme Bartimée, sur notre humanité déjà tant aimée par Dieu.

P. Guillaume ROUDIER

 

Homéliedimanche30 septembre 2018, 26e dimanche (Mc 9, 38-43.45.47-48)

Si nous nous sommes rassemblés une fois de plus ce matin, c’est que nous croyons que Dieu peut faire de grandes choses en nos vies. Si nous y consentons, si nous y participons, il fera de nous tous en ce monde un seul et même peuple. Comment ? Par son Esprit ! L’Esprit de Dieu ouvre les yeux de ceux qui ne voient pas ce qui est devant eux, il transforme le cœur de ceux qui n’aime pas assez, il guérit ceux qui, comme l’apôtre Jean, peuvent s’égarer par peur ou diviser par jalousie. 

Si nous l’acceptons, son Esprit fera de nous tous un seul et même peuple porteur d’espérance pour toute la Création. C’est une joie, une vocation, un appel à servir le monde aux côtés de nos frères et sœurs en humanité. Oui car il s’agit bien d’un seul et même appel : à la fois un appel à reconnaître que l’Esprit est présent en chaque homme et en chaque femme de bonne volonté ; et un appel à bâtir, ensemble, avec eux un royaume de paix. 

Alors laissons derrière nous la peur et la jalousie car l’Esprit du Seigneur est juste et équitable. Et il est suffisamment présent en ce monde pour illuminer la vie de chacun. Mais sommes-nous toujours assez humbles pour le reconnaître ? Sommes-nous capables de laisser de côté nos certitudes et nos richesses pour accueillir ce que le frère vient nous offrir ? 

Dans l’Évangile, Jean, un des apôtres, veut retenir jalousement le pouvoir, le ministère que quelques uns ont reçu. Il est arrogant et intolérant. Il veut exclure, chasser, celui qui fait du bien sans annoncer explicitement le nom du Christ. Mais Jésus le reprend : si celui-là œuvre pour le royaume, alors il est digne du royaume. Et Jésus en vient à interroger cet apôtre qui rejette l’homme faiseur de bien et de miracle : est-il capable, lui le disciple du Christ, de boire à ce que cet étranger, cet homme de bonne volonté, vient lui offrir ?

Ainsi, si nous pouvons lire ailleurs dans l’Évangile que les apôtres sont invités à se donner eux-mêmes à manger, la question qui nous est posée aujourd’hui va de paire : sont-ils, sommes-nous capables de boire ce verre d’eau que d’autres nous tendent ? Jésus, lui-même, n’a-t-il pas bu au puits l’eau de la Samaritaine ? Le disciple n’est pas plus grand que son maître. Et si un disciple n’est pas capable de reconnaître ses frères, ses sœurs en humanité, comme ouvriers du même chantier, du même royaume en train de se bâtir, alors mieux vaut qu’il change de regard, qu’il change dans son corps tout entier. Oui, mieux vaut que ce disciple change radicalement plutôt que de décourager ou de rejeter celui ou celle qui cherche à participer à ce vaste chantier.

Encore une fois, l’Esprit de Dieu souffle là où il veut ! Et si quelques prêtres sont envoyés « là où on ne les attend pas » (pour reprendre le titre d’un livre récemment sorti !),  si les baptisés sont peu nombreux et parfois découragés, soyons sûrs que l’Esprit souffle librement là où on ne l’attend pas. D’ailleurs, cela semble évident : comment un tel chantier pourrait-il se contenter de quelques ouvriers seulement ? Philippe pourrait nous en parler : lui qui a travaillé sur de grands chantiers n’y avait-il pas besoin de tout le monde ? Pour bâtir ce royaume que nous désirons tant, tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté sont les bienvenus. Et pas besoin de « traverser la rue pour trouver du boulot », le chantier commence ici et maintenant, là où nous vivons. 

A quoi, me direz-vous, reconnaître ces partenaires, ces coéquipiers, ces collègues de chantier ? Le message est clair : celui qui n’agit pas contre les plus petits, celui qui ne cherche pas à diviser, à diaboliser la vie, participe avec tout son cœur au chantier commun.

Alors pour nous qui nous disons disciples du Christ, pour nous qui nous mettons à l’écoute de l’Évangile, soyons dans la joie car Dieu nous donne chaque jour des frères et des sœurs avec qui nous pouvons nous entraider. Ils peuvent être nos voisins, nos collègues, ils peuvent être d’ici ou d’ailleurs, ils peuvent être chrétiens, musulmans, ou sans religion, ils sont tous des frères et sœurs, hommes et femmes appelés à mettre leur bonne volonté au service du même chantier. Chacun et chacune d’eux est une chance pour nous ! Et l’Eglise dans tout ça !? Elle doit être la première à accueillir le dialogue, le débat en son sein, et les prêtres avoir confiance dans l’Esprit qui souffle sur tous les baptisés, à faire une place à chacun et surtout à chacune. « Heureux ceux qui accueillent », comme nous le dirons dimanche prochain lors de notre journée de rentrée… 

Plus que jamais, alors que le monde fait face à de grands défis, alors que la peur de l’inconnu nous paralyse, faisons confiance à cette fraternité universelle et à l’Esprit qui nous rassemble. Oui, nous pouvons accueillir dans la joie toutes ces initiatives pour la fraternité, pour l’écologie, pour la paix dans le monde, pour le dialogue des religions… Abattons les murs de nos certitudes, changeons notre regard, accueillons l’étranger, dialoguons avec les autres croyants, buvons ce verre d’eau que nos frères et sœurs nous tendent, accueillons l’Esprit de Dieu et nous pourrons voir alors le royaume advenir. 

P. Guillaume ROUDIER

 

Homélie – dimanche 9 septembre 2018, 23edimanche (Mc 7, 31-37)

Ce matin, une fois de plus, Jésus est étranger en terre étrangère, et il se rend présent au carrefour des nations. Là, il rencontre la charité, la foi et l’espérance des hommes, de ceux qui espèrent, qui espèrent qu’il pourra guérir leur ami. Voilà : Jésus se laisse toucher une fois de plus par les hommes qui souffrent et par ceux qui ne restent pas indifférents à la souffrance des hommes. Ailleurs dans l’Evangile, ils étaient plusieurs à porter le brancard du paralytique. Ici, ils ne sont même pas juifs, mais Jésus est touché car le Seigneur est fidèle, juste, solidaire de la multitude des hommes. Le Seigneur aime les petits et les pauvres, les étrangers et les blessés de la vie.

Jésus est touché et, à son tour, par le temps, l’attention qu’il va leur consacrer, par ses gestes d’amour, il va les toucher. Il va le toucher lui, celui qui n’entend pas et qui ne parle pas ; autrement dit, symboliquement, celui qui est loin de la parole… C’est pourtant là, au creux de sa vie, que Jésus vient semer quelque chose de lui-même, quelque chose de ce qu’il est, quelque chose qui lui vient de Celui vers qui son regard se porte au ciel, quelque chose de la Parole de Dieu. Ce quelque chose, c’est son souffle de vie, le souffle capable d’ouvrir notre vie humaine toute entière à son amour.

« Effata ! » : ouvre-toi ! Oui, « Effata » dit-il ce matin à Pharell, Rébéka et Renado qui vont être baptisés. « Effata » dit-il encore à chacun d’entre nous, cela depuis notre baptême et à chaque jour qui commence. Ouvre-toi, ouvrons-nous au monde, à ce monde qui nous parait parfois étranger, en souffrance, mais que, comme Jésus, nous devons porter et rejoindre.

L’Evangile est là ; il est là le fruit de cette rencontre à chaque fois exceptionnelle, unique, de ce cœur à cœur avec Dieu. C’est amusant : si nous y faisons attention, personne n’était présent au moment où Jésus touche le sourd-muet. Pourtant, tout nous est raconté. Sûrement, après la Pâque, celui qui avait été sauvé ne pouvait-il plus se taire et garder pour lui  sa joie de la rencontre…

Et nous, aimés par le Père, guéris par le Christ, portés par l’Esprit, nos yeux se sont-ils assez ouverts ? Nos oreilles sont-elles assez ouvertes ? Nos jambes nous tiennent-elles debout dignement ? Nos bouches crient-elles la joie mais aussi les injustices ? Dans nos cœurs si souvent secs, sentons-nous jaillir la source d’eau vive, cette eau à profusion, cette eau à partager avec la multitude ? Sommes-nous capables de risquer notre foi au point de dire à notre tour : « il a bien fait toute chose » ?

Oui, l’amour vient de Dieu. Et le cœur des hommes, s’il s’ouvre, le rend possible et visible dans le monde.

En choisissant de baptiser votre enfant ce matin, en vous inscrivant dans la tradition de l’Eglise, vous, parents, vous demandez à Dieu d’ouvrir bien grand les yeux et les oreilles de votre enfant et vous nous dîtes ainsi votre espérance en la vie, en ce qui vient. Vous demandez à Dieu d’ouvrir leur bouche et vous nous dîtes ainsi votre foi en l’amour qui peut sortir du cœur de l’homme et se partager. Vous demandez à Dieu d’ouvrir bien grand les mains de votre enfant et vous nous dîtes ainsi que la vie se reçoit et se partage dans un élan de charité.

Comme en cette terre lointaine où Jésus se rend dans l’Evangile de ce jour, nous sommes aujourd’hui à notre tour, chez vous, invités sur cette terre de la rencontre : sur l’île de la Réunion, en Albanie d’où vous êtes originaires… Oui, vous nous offrez de nouveaux horizons pour la rencontre : merci. Vraiment, « il a bien fait toute chose ».

P. Guillaume ROUDIER

 

Homélie – dimanche 2 septembre 2018, 22edimanche (Mc 7,1-23)

L’Evangile aujourd’hui commence apparemment mal… Oui car Jésus est mis à l’épreuve, il est questionné pour ses pratiques apparemment « impures ». Serait-il un provocateur ? Pourquoi ne respecte-t-il pas les prescriptions de la Loi ? Mais surtout, pourquoi enseigne-t-il à ses disciples de faire de même ? Pourquoi les laisse-t-il faire ?

Les docteurs de la Loi l’interrogent, et lui en vient à se révéler tel qu’il est, tel que Dieu est. Et tel que l’homme est appelé à être… Oui, l’homme est appelé à être présent au rendez-vous de la rencontre avec Dieu, avec les hommes. Et des gestes de tradition, des rites ancestraux, s’ils sont inspirés par la foi, ne doivent pas précéder la rencontre. Ils ne doivent pas empêcher la rencontre. Autrement dit, si le rite, si l’interdit, si nos mauvaises habitudes se mettent entre moi et l’autre, alors je ne suis pas présent au rendez-vous de la rencontre. Et c’est là que mon cœur en devient impur.

Jésus appelle ceux qui font ainsi des hypocrites. Savez-vous ce qu’est l’hypocrisie ? C’est la fausseté. Dans l’antiquité, dans le théâtre grec, le rôle d’hypocrite permettait de dire combien l’homme peut être en dessous des choses, combien il peut ne pas être au bon niveau, à la bonne hauteur, au bon moment et au bon endroit. Autrement dit, les hypocrites ne sont pas réellement dans le présent de la situation.

Alors comment se rendre présent, à la hauteur du rendez-vous qui nous est donné ? Non pas par l’inconduite, mais par la sobriété ; non pas par le vol, mais par le don ; non pas par la méchanceté, mais par la gentillesse ; non pas par la fraude, mais par la vérité ; non pas par l’envie, mais par le partage ; non pas par la diffamation mais par le témoignage ; non pas par l’orgueil mais par l’humilité. Voilà comment nous rendre véritablement présent pour la rencontre. Voilà ce que nous pouvons chaque jour, chaque instant décider de privilégier dans nos vies. Voilà comment notre cœur peut être proche de celui de Dieu. Voilà comment nous pourrons être dans un « cœur à cœur » avec Lui. Voilà comment nous pouvons être à sa ressemblance. Non pas quand nous nous arrêtons à nous-mêmes, mais quand nous nous ouvrons aux autres pour les faire entrer et participer à notre existence. Voilà comment Jésus décide dans ce passage d’Evangile de révéler la seule loi qui compte véritablement : l’amour de Dieu et l’amour des hommes.

Tout à l’heure à Feyzin, Ilan et Tom seront baptisés au cours de la messe. En choisissant de baptiser leur enfant, leurs parents témoignent de leur espérance en la vie, de leur foi en l’amour ; et ils nous disent toute l’importance, pour eux, d’offrir à Ilan et Tom cette même espérance et cette même foi.

Lorsque nous nous sommes rencontrés, ils m’ont dit leur attachement à la foi chrétienne, à des valeurs, à une histoire qui a débuté bien avant eux… L’histoire se poursuit donc aujourd’hui. Pour préparer cette célébration de baptême, nous avons discuté du sens du baptême et de la manière dont l’Evangile du jour les touchait. Les mots qui revenaient étaient : « liberté », « solidarité », « amour reçu et partagé », « rire et aimer », « respect », « cœur », « une vie consacrée à faire du bien ». Ils ont dit ainsi, avec leurs mots, l’amour qu’ils souhaitaient faire découvrir à Ilan et Tom pour qu’ils puissent, dans leur vie, faire leur propre choix : le choix d’aimer à leur tour et de poursuivre la route qui commence aujourd’hui.

Aimer Dieu et aimer les hommes, pas l’un sans l’autre… Oui, on ne peut prétendre aimer Dieu sans aimer les hommes. Ceux qui disent le contraire sont faux, sont hypocrites. Le Pape le redit ô combien lorsqu’il affirme notre responsabilité dans l’accueil des migrants. On ne peut être faux, il nous faut être à la hauteur du défi qu’est le nôtre. Cette année, nous serons invités à vivre des temps forts autour de l’Europe : les élections en mai bien sûr, mais aussi des temps en paroisse. Alors en ce temps de rentrée, alors que l’année scolaire débute, voilà de belles perspectives pour être bien présent au rendez-vous qui nous est fixé, au rendez-vous qui est devant nous : le rendez-vous de la rencontre avec Dieu et avec les hommes.

P. Guillaume ROUDIER

 

Homélie – dimanche 19 août 2018 (20e– Année B)  – Jn 6, 51-58 / Pv 9 / Ep 5

Le grand discours sur le pain de la vie qui nous accompagne depuis plusieurs dimanches vient s’achever. Et ce matin encore nous entendons Jésus, un homme parmi les hommes, révéler à la foule qu’il est, lui, « le pain vivant qui est descendu du ciel ». Il ne confie pas cette nouvelle à quelques initiés, à ses disciples seulement. Non, cela regarde la foule, tout un peuple, une multitude. Pourtant ce sont bien les croyants qui résistent à cette annonce. Ils en sont scandalisés. Eux pensaient peut-être que cette nourriture divine devait leur être réservée, qu’ils en étaient plus dignes que d’autres. Mais non. Si nous voulons véritablement l’accueillir, le recevoir tel qu’il est, il nous faut avant tout accepter de le partager, c’est-à-dire de le découvrir au delà de ce que nous connaissons déjà, au delà de nos certitudes. Il nous faut le trouver ailleurs, dans ce qui fait notre quotidien parfois si ordinaire. Car c’est là qu’il se donne, c’est là qu’il nous rejoint au plus simple de notre humanité. Dans le temps partagé avec des voisins, en famille ou avec des collègues ; c’est le quotidien qu’un fils de charpentier a partagé avec nous.

Vous le savez, je travaille dans une entreprise d’informatique – tout le monde ne peut pas travailler à La Poste ! Cette semaine, sachant que je suis prêtre, un collègue m’a interpellé sur la vie après la mort. Il avait plein de questions : « c’est quoi cette vie ? », « c’est quoi la résurrection de la chair ? »Vous voyez, des questions faciles… ! Après l’avoir remercié pour ses questions et sa confiance, je lui ai répondu que la vie après la mort, je ne savais pas trop ce que ça voulait dire moi non plus. En revanche, nous avons parlé de la vie maintenant. De la manière dont nous pouvions faire que la vie que nous vivons aujourd’hui soit une vie qui ait du sens, une vie qui ait du goût dans la rencontre et le partage avec d’autres. Et que nous étions précisément en train de vivre un beau moment de partage qui, moi, me nourrissait.

Je crois que c’est là, dans de tels instants, que nous pourrons « tirer parti du temps présent »comme le dit Saint Paul. Des instants où nous partageons des paroles qui nous nourrissent mutuellement, des instants pour le découvrir tel qu’il est vraiment, Dieu présent au milieu de nous.

Et c’est pourquoi ce matin le livre de la Sagesse nous invite à passer de l’intelligence de la raison à l’intelligence du cœur. Et le psalmiste de rajouter : « à éviter le mal, et à rechercher la paix ». Autrement dit, à ne pas uniquement garder pour soi Celui qui se donne, mais à le partager.

Car Celui qui est le pain de la vie n’est pas une fontaine de jouvence, une nouvelle crème pour ne pas vieillir, une cure d’amaigrissement ou une quelconque potion magique pour ne pas mourir. Non, nous ne serons pas comblés dans de telles attentes humaines, mais par le partage du pain de vie, donné pour la vie du monde entier. Il s’agit bien d’un don, du don sans retenu de Dieu pour la communion de l’humanité toute entière.

A chaque eucharistie, nous sommes bel et bien invités à convertir nos cœurs, à partager nos vies, à en faire une offrande que Lui saura recevoir et transformer pour la vie du monde.  Oui, si nous mangeons ce pain et buvons à cette coupe, c’est pour participer volontairement à cet admirable échange.

Alors par la grâce de Dieu, puissions-nous découvrir dans l’ordinaire des jours Celui qui s’adresse à la foule ; dans l’ordinaire des jours, puissions-nous être des témoins de l’extraordinaire de Dieu. Et comme le Fils est envoyé par le Père au cœur du monde, ce matin encore, cette semaine qui commence, puissions nous, humblement, être unis à la divinité de celui qui a épousé notre humanité.

P. Guillaume ROUDIER

 

Homélie – dimanche 5 août 2018 (18e– Année B)  – Jn 6, 24-35 / Ex 16 / Ep 4

Dieu ne cesse de donner aux hommes ceux dont ils ont besoin mais la foule réclame toujours plus, toujours plus de signes, de miracles. Ils ne voient donc pas, n’entendent pas, ne goûtent pas à Celui qui s’offre déjà à eux. Pourtant il est là, celui qui se donne lui-même, « la pain de la vie », le pain pour notre vie. « Vers qui d’autres irions-nous ? » – demande les disciples ? Rien d’autre ne saurait nous être nécessaire. N’est-ce pas ce que nous demandons dans notre prière : « Donne nous aujourd’hui notre pain quotidien… »

Et s’il nous suffisait d’accepter de le recevoir ? Lui qui se donne à toute la foule, le recevoir et le partager, le partager pour le recevoir… Et si, comme la foule, nous acceptions de nous déplacer pour le découvrir là où ne nous l’attendions pas, au delà de nos certitudes ?

La première lecture le révélait déjà, souvent nous attendons et nous préférons la nourriture du monde. Toutes ces richesses et ces biens qu’il a à nous offrir, pour nous rassasier et nous combler. Et après ? Et s’il ne s’agissait justement pas d’être comblé mais de garder de la place, de faire de la place, de nous libérer ?! Et s’il s’agissait de se laisser surprendre comme Israël s’est laissé surprendre au désert par la manne venue du ciel ? N’est-ce pas là un chemin de nouveauté et de liberté ?

En ce temps de l’été, où nos rythmes sont parfois décalés, nos habitudes changées, voilà bien l’occasion pour ne pas tout remplir et pour nous laisser surprendre là où nous ne l’attendions pas. Laissons, comme le dit Saint Paul, l’homme ancien derrière nous. Laissons-nous faire, nous renouveler par la fraicheur de l’Evangile – par ce temps de canicule nous en avons bien besoin ! Revêtons-nous de l’homme nouveau.

Dans l’Evangile, la foule est déçue voire troublée de ne pas trouver Jésus là où ils le pensaient. Et c’est une bonne chose ! Nous aussi laissons-nous surprendre, partons à sa recherche ailleurs, sur d’autres rives. Car l’Ecriture ne dit pas : « comblé celui qui le trouve », mais « rassasié celui qui vient », celui qui le cherche. C’est cela être « disciple missionnaire »comme le nomme Saint Paul.

J’ai eu la chance de pouvoir partir avec un ami, un jeune prêtre de la Mission de France, quelques jours en Sicile. Là-bas, nous avons découvert une terre mêlée d’histoires, de cultures et de religions. Les unes et les autres cohabitant, parfois s’épaulant, pour donner le meilleur d’elle. Voilà une expérience qui m’a fait changer mon regard, qui m’a déplacé, qui a été frais !

Alors encore une fois, dans ce temps où nos rythmes et nos habitudes changent, et même en demeurant chez nous, avec nos voisins, avec nos collègues, croyons que ce temps qui nous est donné peut nous rassasier si nous changeons notre regard, si nous osons chercher le Christ ailleurs. Allons à lui là où ne nous pensions pas le trouver ! Et qui sait, peut-être pourrons-nous nous trouver nous-mêmes…

P. Guillaume ROUDIER