Dimanche des Rameaux

Depuis quelques semaines, nombreuses et nombreux sont celles et ceux qui dans l’Eglise au vue de la crise et la pandémie que nous vivons, prennent la parole pour commenter l’actualité, proposer une analyse, apporter leur témoignage, une prière, une méditation…
Merci pour ces contributions, merci de nous aider à poursuive la route. Merci à Guillaume qui chez nous sur St Fons-Feyzin, nous a fait part de ses commentaires, sur les textes de ces deux derniers dimanches et autres réflexions. Merci à celles et ceux qui relayent ces écrits, sans oublier les petits mots ou images humoristiques, oui la foi passe aussi par l’humour.
N’ayant pas la même habileté, le talent, qu’eux pour m’exprimer, c’est bien modestement, je prends la plume en ce dimanche des Rameaux.
Je tiens à tout d’abord à vous dire que vous me manquez : vous qui êtes là, chaque dimanche, avec qui j’échange un mot, un sourire à l’entrée, à la sortie de l’église… Vous toutes et tous qui venaient célébrer sur notre secteur ponctuellement, vous qui nous rejoignez plus particulièrement à l’occasion de ces fêtes de Pâques. Plus largement, c’est ma relation, avec aux autres, avec mes voisins, ces petits rien de la banalité de la vie ordinaire qui me manquent.
Comme vous, je fais l’heureuse expérience, depuis quelques semaines, que malgré le confinement, nous sommes toujours en contact, unit les uns aux autres, en prenant le temps de se téléphoner, d’écrire, envoyer un mail, un texto « en communion de prière »…
En lien, avec celles et ceux qui sont malades, les personnes confinés (en particuliers les maisons de retraites, Epad, le milieu carcéral), le monde médical, les défunts et leurs familles, les sans toit ou les mal-logés, celles et ceux qui continuent à faire vivre notre société (caissières, aide ménagères, éboueurs…). Je n’oublie pas les pays en guerre, en faillites, tous ces pays qui manquent de structures médicales appropriées.
Nos églises sont fermées. Cette année pas de bénédiction des rameaux, ni de lavement des pieds, ni de chemin de croix, pas plus que de veillée pascale. La semaine sainte se vivra chez nous, à la maison. Nous la vivrons, ensemble, grâce aux propositions qui nous serons faites par email, la télé ou les réseaux sociaux…
Aujourd’hui, ce dimanche des rameaux marque le début de ces célébrations. Des célébrations tournées vers l’Espérance, qui nous invitent à ne pas baisser les bras, à aller de l’avant. C’est la semaine de l’Amour : Que ce soit le dernier repas de Jésus avec ses disciples et le lavement des pieds, Jésus au seul face à son destin au Jardin des Oliviers avant son arrestation, le reniement de Pierre et le regard d’amour que lui adresse Jésus et sur la croix le dialogue avec le bon larron.
Profitons de ce confinement, de cette pause forcée, pour méditer, réfléchir, pour prier, avec les récits de la Passion, du lavement des pieds, du Serviteur Souffrant, de l’annonce de la Résurrection. Comment ces textes peuvent nous alimenter, nous donner des forces pour à aller de l’avant ? Nous interroger sur ma relation à l’autre, au Tout Autre ? Qu’est-ce qui va changer, perdurer ?
L’évangile, d’aujourd’hui, est la Passion selon St Mathieu. Pour bien comprendre ce récit et les trois autres récits de la Passion (Marc, Luc et Jean), nous ne devons pas oublier qu’il ne s’agit pas d’un récit historique écrit par un journaliste. Il s’agit de quatre récits similaires sur bien des points, quatre témoignages de foi avec leur singularité, leur nuance en fonction du message que veut faire pas passer celui qu’il a écrit. Un acte de foi, écrit à la lumière de Pâques, du Ressuscité
La passion est avant tout le chemin suivi par Jésus vers sa mort, un chemin d’amour, de service, de don de soi, de pardon, sur la Croix.
La Croix, la croix de nos églises, qui sont dans nos maisons, que nous portons, témoignent que dans tout cœur habité par l’amour du Christ, toutes les chaînes qui liaient nos moyens d’aimer, de donner, de pardonner, sont pulvérisées, parce que l’Amour du Christ a été plus fort que toutes les morts. Les morts qui détruisent l’humanité, la mort qu’est la maladie, la violence, le mépris, la haine, la mort qu’est l’injustice, la mort que sont l’exclusion, la domination du puissant sur les humbles
Sur la Croix, Jésus, a prononcé sept paroles répartis dans les récits de Mathieu, Marc, Luc et Jean.
Sept paroles que je vous invite à méditer, à prier ces prochains jours :

« Mon Dieu mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mt 27,46 et Mc 15,34)
C’est aussi nos paroles à certains moments de la vie, cri d’impuissance devant la maladie, un échec, et à ces moment-là, nous éprouvons le besoin de nous tourner vers l’Amour inconditionnel de Dieu pour continuer à avancer dans la vie.

« Père pardonne leur : ils ne savent pas ce qu’ils font. » (Lc 23,34)
Aimer et pardonner sont indissociable. A la suite du Christ, nous sommes invités à répondre à la haine par l’amour.

« Amen, je te le dis : aujourd’hui avec moi tu seras dans le Paradis. » (Lc 23,43)
Joie profonde, joie de la foi, au cœur même de nos vies meurtris.

« Père entre tes mains je remets mon esprit. » (Lc 23,46)
Invitation à l’abandon, à la confiance, d’un fils, d’une fille bien aimé qui sur le chemin, malgré les chutes, les obstacles, se relève et avance tournée vers le Père.

« Femme voici ton Fils. » (Jn 19,26)
Marie qui, dans la foi, devient aussi « notre mère ». Marie, la 1ère en chemin présente, « maintenant et l’heure de notre mort ».

« J’ai soif. » (Jn 19,28)
Soif de paroles qui font vivre, soif d’amour, de réconfort pour avancer. Paroles de Dieu, paroles humaines, fraternelles pour nous soutenir sur notre route.

« Tout est accompli. » (Jn 19,30)
« Il n’y a pas de plus grand Amour que de donner sa vie pour ceux que l’on aime ». « Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez- vous les uns les autres »… C’est notre chemin de vie, d’une vie « accomplie », chemin qui mène au bonheur. Bonnes méditations.

Pour conclure, Guillaume et Philippe s’associent à moi pour vous souhaiter dès à présent de Bonnes Fêtes de Pâques à vous et vos proches !

P. Jean-Marc Galau